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Un troisième espace naturel national pour l’Eurométropole de Strasbourg

Territoires
23 octobre 2020

DÉCRYPTAGE. C’est l’une des premières mesures issues de la Convention citoyenne pour le climat. Les 71O hectares de la forêt de la Robertsau et de la Wantze- nau, aux portes de Strasbourg, ont été classés « réserve naturelle na- tionale » décret du 27 juillet 2020.

 

Bonne nouvelle pour la préservation de la biodiversité. Après la réserve naturelle de l’Île du Rohrschollen (309 hectares) puis celle du massif forestier de Strasbourg-Neu- hof/Illkirch-Graffenstaden (945 hectares) classées respectivement en 1997 et 2012, les Strasbourgeois se sont réjouis du classement d’un troisième massif forestier sur l’Eurométropole, « le résultat d’un travail engagé et de longue haleine de nombreux acteurs locaux et en premier lieu d’associations de protection de la nature », selon Jeanne Barseghian, la maire écologiste de Strasbourg. Le massif forestier de la Robertsau et de la Wantzenau est un territoire écologique aux caractéristiques particulières comme l’explique Marc Hoffsess, adjoint à la maire de Strasbourg en charge de la Transformation écologique du territoire. « Cette forêt présente les caractéristiques de la forêt alluviale rhénane, avec des marais, des mares et des bras morts, une grande diversité d’essences d’arbres et une abondance de lianes qui lui confèrent un univers particulier ». Des forêts qui malheureusement ont périclité au fil des ans et ont perdu progressivement de leurs richesses naturelles. Sauvegarder de tels espaces constitue l’une des actions phares du plan national pour la biodiversité qui prévoit la création ou l’extension de 20 réserves naturelles nationales d’ici 2022. « C’est un moyen d’affirmer la valeur biologique de ces massifs et aussi de mieux les protéger et renforcer leur naturalité», estime l’élu.

UNE REGLEMENTATION ADAPTEE

L’élaboration du plan de gestion de la réserve sera la prochaine étape pour les équipes de la ville qui devront préciser des objectifs de préservation de la biodiversité. Des plans d’action de renaturation, notamment, seront mis en place ainsi qu’une réglementation adaptée. « Il ne s’agit pas d’une mise sous cloche, précise Marc Hoffsess, mais bien d’une dynamique de renaturation qui prévoit par exemple l’abattage de certains arbres pour replanter des essences plus adaptées au substrat et au climat de cette réserve ainsi que des travaux de restauration du régime hydraulique, notamment de reconnexion avec le Rhin. » Sans oublier les actions pédagogiques auprès des visiteurs qui pourront continuer à fréquenter cet espace de promenade, mais en respectant de nouvelles règles. Désormais, l’accès est interdit aux véhicules motorisés, les promenades sont organisées sur des sentiers spécialement aménagés et la cueillette est limitée. Quant aux activités sportives, de chasse et de pêche, elles sont encore plus réglementées. « L’objectif étant de parvenir à constituer des zones de quiétude et des zones de nature avec très peu de fréquentation humaine » ajoute l’adjoint. Enfin, sous l’égide du préfet et en lien avec le procureur et les forces de police, des brigades vertes dédiées à la surveillance surveilleront les incivilités et les comportements dans la forêt.

UN OUTIL D’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

À l’heure actuelle, le préfet du Bas-Rhin est l’autorité responsable du site. C’est lui qui approuvera le plan de gestion après consultation, notamment, du conseil national de la protection de la nature. Puis l’État désignera un gestionnaire, un poste auquel la ville de Strasbourg qui gère déjà deux réserves naturelles, se portera candidate. « Nous avons acquis un certain nombre de compétences au fil des ans. Les trois réserves sont très semblables en termes de problématiques et d’enjeux. Nous avons la possibilité de mutualiser ce service », avance Marc Hoffsess. À l’heure où la biodiversité mondiale est en danger – 68 % de la faune a disparu en moins d’un demi-siècle selon une étude récente du WWF – les 350 réserves naturelles recensées en France sont de vé- ritables outils d’aménagement du terri- toire « qui permettent de conserver notre patrimoine naturel pour les générations futures. Dans ces espaces où continuent d’être pratiquée de façon encadrée des activités agricoles, de chasse, de pêche ou encore des activités sportives, nous expérimentons un nouvel équilibre qui laisse plus de place à la nature », estime Charlotte Meunier, la présidente des Réserves naturelles de France, une association qui fédère en un réseau national plus de 700 professionnels de la nature. « Au même titre que nos moulins anciens et nos églises, notre patrimoine naturel mérite d’être protégé. Les communes, les associations, les intercommunalités, les départements qui gèrent au quotidien ces sites trouvent des solutions innovantes pour mieux cohabiter. Le statut de réserves naturelles, est un outil réglementaire fort pour protéger la nature en France ». L’autre force de ces espaces réside dans leur ancrage local avec une gouvernance au plus près du terrain et la présence d’acteurs locaux « qui le plus souvent sont à l’origine des demandes de classement. Ils sont essentiels pour le dialogue et la prise en compte la biodiversité au niveau local », poursuit Charlotte Meunier. Et de rappeler que dans un contexte de crise économique, la biodiversité « crée des emplois locaux, non délocalisables et ancrés dans les territoires ».

Blandine Klaas

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