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"Nous visons 50 % de nucléaire dans notre mix en 2035, et 40 % d’énergies renouvelables d’ici 2030"

Territoires
21 octobre 2021

Alors que la loi Climat et Résilience vient d’être votée en juillet dernier, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, réaffirme sa volonté de lutter contre le dérèglement climatique et de produire suffisamment d’électricité dans les années à venir pour répondre à la hausse de la demande. Elle appelle également les maires à « mener le combat sur le terrain ». Rencontre avec notre invitée.

RCL : Le dernier rapport du GIEC est sans appel : il y a urgence si l’on veut parvenir à la neutralité carbone en 2050. Vous le poussez aussi ce cri d’alarme ?

Barbara Pompili : Si certains pouvaient encore en douter, le dernier rapport du GIEC l’a effectivement confirmé : le temps pour agir est compté. Six ans après l’Accord de Paris, la hausse de la température globale s’est encore accentuée, à un rythme qui fera très probablement dépasser le seuil de 1,5°C de réchauffement depuis l’ère préindustrielle entre 2021 et 2040. Le dérèglement climatique s’accentue encore plus vite que ce que l’on imaginait. J’ai voulu donner le plus d’écho possible à ce rapport. J’ai donc convié Valérie Masson Delmotte, grande scientifique française et vice-présidente du groupe n°1 du GIEC, à venir présenter les principaux enseignements de ces travaux au ministère le 1er septembre dernier. J’ai réuni à cette occasion des décideurs politiques, ONG, entreprises, parlementaires et journalistes pour une conférence retransmise en direct sur les différentes plateformes numériques du ministère. C’était essentiel de faire ce travail de pédagogie et de remettre dans l’actualité de la rentrée ce rapport crucial qui était sorti en plein coeur de l’été. C’est une boussole qui doit orienter l’ensemble de notre action climatique.

RCL : Comment parvenir à la neutralité carbone avant 2050 ? Quid de nos modes de consommation mais également de nos modèles de production ?

B.P. : Au niveau national, nous sommes en train de fermer les dernières centrales à charbon du pays, qui produisent chacune l’équivalent des émissions d’un million de voitures. Nous avons, par ailleurs, agi dans les quatre secteurs clés qui pèsent le plus sur nos émissions de CO2 – les transports, le bâtiment, l’agriculture et l’industrie. Ce sont sur eux que nos efforts se concentrent, pour faire évoluer à la fois les modes de production et de consommation. Prenons l’exemple du bâtiment, qui représente 25 % des émissions de gaz à effet de serre du pays : nous rénovons massivement les logements et bâtiments publics. Nous changeons 100 000 chaudières à fioul par an par des modèles beaucoup moins polluants, 800 000 Français se seront lancés cette année dans des travaux de rénovation grâce au dispositif MaPrimeRénov’. Bref, le mouvement est lancé. Et nous avons décidé de prolonger cette dynamique, notamment en pérennisant le dispositif MaPrimeRénov’ dans le budget de l’État pour 2022. La liste des exemples pourrait continuer : le marché de la voiture électrique n’a jamais atteint un tel niveau, les usages du vélo explosent, des innovations émergent pour décarboner nos processus industriels… Pour transformer nos modes de production, il faut évidemment des moyens. Nous avons investi plus de 30 milliards d’euros dans le cadre du plan de relance, et le budget de mon ministère atteint le montant record de 50 milliards d’euros pour 2022. Mais soyons clairs : si l’innovation et l’investissement sont des alliés cruciaux sur la route vers la neutralité carbone, un changement profond de nos modes de vie est indispensable. Il faut faire évoluer nos façons de consommer, de nous déplacer, de nous chauffer. Pour prendre un exemple, il ne suffira pas de convertir tous nos véhicules thermiques en électriques, il faudra également réduire certains déplacements grâce au télétravail notamment et adopter des alternatives comme le vélo ou les transports en commun. La sobriété ne s’oppose pas à l’innovation, nous avons besoin des deux pour atteindre nos objectifs climatiques.Par ailleurs, si nos émissions baissent au niveau national (-19 % par rapport à 1990), notamment grâce à ces politiques volontaristes, notre empreinte carbone reste en réalité stable depuis les années quatre-vingt-dix à cause de nos importations. La bataille de la neutralité carbone doit donc impérativement se jouer au niveau international. C’est tout l’enjeu des négociations que nous menons en Europe dans le cadre du Fit for 55 – c’est-à-dire l’objectif de baisser de 55 % les émissions du continent d’ici 2030 – et au niveau mondial avec la préparation de la COP26. Nous n’avons pas d’autre choix que de mettre tous les pays autour de la table pour avancer. C’est comme ça qu’on fait bouger les choses de manière structurelle : sur le charbon, qui représente 40 % des émissions mondiales de CO2 liées au secteur de l’énergie, il y a des signaux positifs. Nous avons obtenu, dans le cadre du G7, que le Japon arrête de financer des centrales à charbon, et la Chine s’est engagée à arrêter le financement de centrales en dehors de son territoire national. Il faut aller encore plus loin, et la COP26, qui aura lieu en novembre prochain en Écosse, sera justement l’occasion de faire comprendre que le charbon est l’ennemi public numéro 1 du climat.

RCL : Selon le rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié en mai dernier, pour atteindre l’objectif de la neutralité carbone, l’électricité devrait couvrir à cet horizon au moins 50 % de la consommation d’énergie, être produite à partir de renouvelables et 10 % à partir de nucléaire. Comment la France compte produire plus d’électricité décarbonée ?

B.P. : L’Agence internationale de l’énergie a effectivement formulé ces recommandations à l’échelle mondiale. En France, en tant que ministre de l’énergie je poursuis deux objectifs : lutter contre le dérèglement climatique et produire suffisamment d’électricité dans les années à venir pour répondre à la hausse de la demande liée à l’électrification des usages (potentiellement de 20 % d’ici 2035 et du double d’ici 2050). Ces deux enjeux impliquent nécessairement d’augmenter nos moyens de production d’électricité décarbonée. Toute la question est de savoir avec quels moyens et dans quelle proportion. C’est pour cela que j’ai demandé à RTE – le gestionnaire des réseaux électriques en France – de préparer différents scénarios pour permettre au gouvernement de disposer de bases objectives à un moment où les débats sont trop souvent simplifiés. Ce qui ne fait aucun doute, c’est qu’il faudra augmenter notre production d’énergie renouvelable : c’est ce qui permet de répondre rapidement à la hausse de la demande. Les scénarios de RTE, qui seront présentés le 25 octobre, vont nous permettre de débattre sur des bases solides.

RCL : Est-ce donc la fin du nucléaire ?

B.P. : Quand l’Agence internationale de l’énergie parle de 10 % d’énergie nucléaire, c’est à l’échelle mondiale. Le rapport précise également que les 90 % restants devront être des énergies renouvelables : il faudra, quoiqu’il arrive, les déployer massivement. Pour la France, la feuille de route est claire. Nous visons 50 % de nucléaire dans notre mix en 2035, et 40 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Le nucléaire fera donc encore partie du mix énergétique français pendant des années. Sur le plus long terme, le débat devra être mené, comme je le disais, sur la base d’éléments scientifiques et factuels.

RCL : En matière de production de renouvelables, comment construire un consensus ?

B.P. : Je l’ai dit : le développement des renouvelables est vital pour lutter contre le dérèglement climatique et assurer l’approvisionnement en électricité de nos concitoyens. Une fois ce constat fait, il est impératif de miser sur la concertation et l’appropriation parles territoires pour assurer un développement harmonieux des structures. C’est dans cet objectif que le gouvernement a créé, dans la loi Climat et Résilience, les comités régionaux de l’énergie qui seront chargés de favoriser la concertation, en particulier avec les collectivités territoriales, sur les questions relatives à l’énergie au sein de la région, et de définir des objectifs régionaux d’énergies renouvelables. Cette loi renforce aussi le rôle du maire dans la concertation, en imposant que le résumé non technique de l’étude d’impact du projet lui soit adressé préalablement au dépôt de la demande d’autorisation afin qu’il puisse ainsi adresser ses observations au porteur de projet, qui sera tenu d’y répondre. Sur le sujet plus spécifique de l’éolien, pour encourager dès à présent la concertation, j’ai également donné instruction aux préfets de réaliser une cartographie des zones propices au développement de l’éolien terrestre. J’y souligne la nécessité d’une concertation approfondie avec les habitants, les élus locaux et les associations en amont des projets, afin de tenir compte des enjeux paysagers et environnementaux dès leur conception. Je tiens à ce que la filière soit exemplaire sur ces aspects, auxquels je suis particulièrement attachée et qui sont des facteurs d’acceptation incontestables des projets. Le gouvernement a par ailleurs engagé plusieurs actions en faveur d’un développement plus harmonieux et mieux accepté de l’éolien. Ces actions font suite à un Conseil de défense écologique présidé par Emmanuel Macron en décembre 2020. Parmi les différentes décisions prises figurent notamment des mesures visant la réduction des nuisances (renforcement des exigences sur le recyclage, expérimentations en cours sur le balisage lumineux, etc.), la mise en place d’un réseau de conseillers éolien et photovoltaïque dans les territoires dès cet automne afin d’informer et d’apporter un appui technique aux collectivités, et la formalisation d’un guide de bonnes pratiques. Enfin, mon ministère a entamé un travail avec toutes les parties prenantes pour favoriser et simplifier au maximum les montages de projets citoyens. Un consensus est possible sur le sujet des énergies renouvelables en France. Il faut simplement prendre le temps de le construire.

RCL : Quel rôle peuvent jouer des collectivités locales face à cette urgence ?

BP : Les collectivités locales sont le bras armé de la transition écologique dans les territoires. Ce sont elles qui mènent la transition écologique sur le terrain, au quotidien. Leur action est structurante sur un certain nombre de sujets, comme la rénovation des bâtiments publics. Une enveloppe de 1,3 milliard d’euros est dédiée dans le plan de relance à la rénovation des bâtiments des collectivités locales, comme les écoles, les équipements sportifs, les crèches, etc. Ce sont aussi elles qui sont à la manoeuvre sur la décarbonation des transports et le développement des mobilités alternatives comme le vélo ou les transports en commun. Les collectivités locales sont aussi responsables du déploiement des menus végétariens dans les cantines, prévu dans la loi Climat et Résilience. Leurs champs d’action est large et les dispositifs à mettre en oeuvre nombreux !

RCL : De quels leviers disposent concrètement les maires ?

B.P. : Les maires ont à leur disposition un levier essentiel : l’urbanisme. On le sait, l’artificialisation des sols est galopante dans notre pays. L’équivalent d’un département de la taille des Yvelines disparaît sous le béton tous les dix ans, et l’artificialisation est plus rapide que le taux d’accroissement de la population. Cette bétonisation des sols porte atteinte à la biodiversité, aggrave la dépendance à la voiture à cause de l’étalement urbain et nuit à la résilience de nos territoires face aux intempéries, car les sols ne sont plus capables d’absorber naturellement l’eau. Les maires sont en première ligne pour lutter contre ce triple problème. La loi Climat et Résilience apporte deux réponses fortes : un objectif général de division par deux du rythme d’artificialisation d’ici dix ans, et une interdiction de construction de nouveaux centres commerciaux, sans dérogation possible pour ceux de plus de 10 000 m2. Des moyens sont prévus pour accompagner les maires dans ce changement de paradigme en matière d’urbanisme, à commencer par le fonds de recyclage des friches. L’enjeu n’est pas d’arrêter le développement de nos communes, mais de favoriser les terrains déjà artificialisés. L’enveloppe initiale de 300 millions d’euros, prévue dans le plan de relance, a été réabondée pour atteindre les 650 millions et le président de la République a récemment annoncé la pérennisation du dispositif. Je le dis clairement aux maires : allez-y, investissez dans les dents creuses, les terrains vagues et les friches pour vos projets de développement. L’État vous soutient.

RCL : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux maires ?

B.P. : Si la transition écologique prend forme, c’est grâce à vous. Mobilités, logement, urbanisme, protection de la nature, l’État est à vos côtés pour conduire les changements !

Propos recueillis par Danièle Licata

Paroles de maires

RCL
Question :
Bonjour, comment gérez-vous les véhicules ventouse ? Malgré le signalement à la gendarmerie, le propriétaire ne déplace pas son véhicule. Si nous appelons la fourrière les frais seront pour la commune. Merci pour vos conseils.
Réponses :
Avoir nos rues avec des voitures poubelles qui les encombrent et prennent des places de stationnement n’est terrible. Il n y a pas de solution miracle. Quand il y a une plaque d'immatriculation : appel à la gendarmerie, identification du propriétaire (souvent en région parisienne), recommandé, délai d’un mois pour répondre. Sans réponse et selon l’état de la voiture, prise de photos, constat rédigé par mes soins et épaviste... Je préfère ne pas faire payer les habitants de mon village.
Nous sommes élus et nous nous devons de rester dans la légalité. Je crois qu'il faut identifier le propriétaire du véhicule et lui envoyer un courrier recommandé en l'obligeant à enlever son véhicule sinon le véhicule sera mis en fourrière et les frais seront à sa charge. Si les élus ne respectent pas les lois, c'est donner une mauvaise image de nous et nous ne devons pas être étonnés si nous sommes de moins en moins respectés.

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