La politique cyclable demande de changer de braquet

Territoires
10 mars 2020

DÉCRYPTAGE. L’adoption de la loi LOM, le 19 novembre 2019, confirme que le vélo est à présent pris au sérieux. Et pourtant, sur le terrain, les attentes sont nombreuses en termes d’aménagement pour donner à chacun d’entre nous l’envie de pédaler plus souvent. Une question cruciale pour le prochain mandat municipal.

Désormais, qu’ils habitent en ville ou à la campagne, les citoyens français veulent pouvoir se déplacer à vélo sur le territoire dans lequel ils vivent. En témoignent les 185 000 réponses envoyées par les usagers à l’échelle nationale pour la 2e édition du baromètre Parlons vélo des villes cyclables, dévoilée le mois dernier. Un véritable outil participatif de mesure du ressenti des politiques cyclables qui atteste néanmoins du travail très important qu’il reste à accomplir. Pour Olivier Schneider, le président de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), « il est évident que les politiques cyclables sont insuffisantes partout en France et que les élus n’ont pas pris la mesure des attentes des citoyens ». Pour preuve, seules 43 villes sur les 768 classées dans le baromètre, soit 5 % d’entre elles, ont obtenu une note supérieure à la moyenne, 40 % des répondants estimant néanmoins que les conditions de circulation à vélo dans leur ville ont évolué positivement depuis deux ans.

Pourquoi les politiques cyclables sontelles si insuffisantes en France ? Selon le président de la FUB, « les villes dans leur ensemble, y compris celles qui aménagent des pistes cyclables depuis longtemps, n’ont pas pris la mesure de la politique qu’il fallait mener. Aujourd’hui, le but, c’est d’aller chercher les 60 % de personnes qui déclarent spontanément qu’elles feraient du vélo sur les déplacements courte et moyenne distance, à condition qu’on leur fournisse l’écosystème vélo qui va avec, à savoir des aménagements cyclables, des stationnements et des parkings sécurisés ».

IMPLICATION ET VOLONTARISME À MONTREUIL

À Montreuil (93), à l’est de Paris, les efforts des élus en faveur du vélo se sont traduits par une progression en deux ans de la 14e à la 6e place dans le classement des villes cyclables de 100 000 à 200 000 habitants. C’est d’ailleurs, après Grenoble (38), la ville de sa catégorie où la perception des efforts réalisés est la plus importante parmi les cyclistes.

« En 2017, le baromètre nous a permis d’identifier les points noirs désignés par les usagers de l’espace public. Nous les avons pris en compte pour élaborer notre plan vélo », explique Medy Sejai, directeur de l’espace public et de la mobilité à Montreuil. Aujourd’hui, les zones 30 sont généralisées sur 100 % des voies communales et les voies départementales sont limitées à 50 km/h. « Nous avons mis en place un plan de circulation cohérent de façon à ce que les véhicules qui transitent par Montreuil ne passent que sur les grands axes. Car pour développer la pratique du vélo, il faut travailler sur la sécurité des déplacements », ajoute l’élu. Pour accompagner la politique cyclable, 4 400 places de stationnement ont été disséminées à travers la ville, ainsi que 11 pompes à vélo publiques en libre-service et une borne de réparation de vélos, la première en Île-de-France.

« Mettre en oeuvre une politique cyclable n’est pas chose aisée », reconnaît Pierre Serne, le président du Club des villes et territoires cyclables, une association qui réunit quelque 200 collectivités adhérentes engagés dans des stratégies vélo. Pour accompagner les futurs maires dans leurs mesures en faveur de l’usage de la bicyclette, l’association a élaboré un document intitulé Vélo tête de liste qui détaille tout ce qu’il est possible de faire en la matière, car, bien évidemment, « une politique cyclable ne peut être menée partout de la même manière ». Pour commencer, la définition d’un budget s’impose. « Il faut que la politique vélo soit financée à hauteur de 10 à 25 par habitant et par an », selon Olivier Schneider.

Pour avoir une idée plus précise du budget à prévoir, le Club des villes cyclables publiera avant l’été un guide qui détaille les coûts des politiques cyclables pour chaque catégorie de collectivité. « On y trouvera le budget pour réaliser un kilomètre de piste cyclable, un quartier apaisé ou embaucher un chargé de mission vélo », détaille Pierre Serne. Et faire tomber certaines idées reçues selon lesquelles ce sont des actions compliquées et chères.

DES AIDES EN INGÉNIERIE

Reste ensuite à concevoir des aménagements là où c’est nécessaire. D’où l’idée de la FUB de proposer aux usagers, dans le cadre du baromètre, de matérialiser sur une carte de leur ville les trois points les plus dangereux et « ainsi créer de manière collaborative un très bon outil d’aide à la décision ». Face au manque évident de compétences territoriales en la matière, la FUB est à l’initiative d’une académie des experts en mobilité active qui verra le jour prochainement dans le cadre d’un programme d’investissements d’avenir. Avec pour but de labelliser des experts pour réaliser correctement des aménagements cyclables, des stationnements vélo ou encore auditer des politiques d’entreprise. « L’objectif sera aussi d’aller chercher des financements », poursuit Olivier Schneider. Car les aides existent. Par exemple, depuis 2015, la FUB est associée au programme Alvéole, qui finance la création de stationnements vélo à hauteur de 60 % pour tous les acteurs publics et privés d’utilité publique. L’objectif étant de créer 30 000 places de stationnement vélo. Pour développer la pratique, il est important également de garantir des continuités cyclables et des itinéraires qui soient cohérents en termes de bassin de vie et bassin d’emploi. Intercommunalités et métropoles seraient le niveau de compétence le plus pertinent, selon l’avis du Club des villes et territoires cyclables. Grenoble, qui truste la première place du classement, en est le meilleur exemple avec son schéma cyclable réalisé en partenariat avec les 49 communes de la métropole iséroise. « Pour le projet cyclable, nous regardons à l’échelle de la métropole, bien sûr, et même au-delà. C’est le rôle des politiques de proposer des plans pour l’ensemble du territoire. Sur le vélo, mais aussi sur le train et la mobilité automobile », affirme Éric Piolle, maire de Grenoble et candidat, ce mois-ci, à sa réélection avec de nouvelles ambitions affichées en matière de développement du vélo.

Blandine Klaas

Paroles de maires

RCL
Question :
Un maire, donc OPJ, peut-il l’être en dehors de sa commune ?
Réponses :
Non, il est élu OPJ sur sa commune.
Tous les pouvoirs du Maire en tant que représentant de l'Etat ne lui sont octroyés que sur son territoire.
Non uniquement dans la commune où il est élu maire.

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