Entretien avec Christine Leconte, CROAIF

Territoires
23 janvier 2019

DÉCRYPTAGE. La présidente de l'Ordre des architectes d'Île-de-France, Christine Leconte, invite les acteurs publics à travailler en amont avec les professionnels pour garantir une qualité architecturale et de construction dans leurs territoires. Un fondamental mis à mal, selon elle, par la loi portant Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique.

RCL: Quel regard portez-vous sur la loi du 23 novembre 2018 portant Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, dite loi Elan ?
Christine Leconte : Aujourd'hui, nous manquons de foncier en France pour construire des logements, il existe environ 7,5 millions de passoires thermiques et la qualité des logements neufs laisse parfois à désirer lorsque le budget alloué à la construction est faible. Ces trois questions fondamentales étaient au coeur des attentes des professionnels, mais n'ont pas trouvé de réponses dans la loi Elan. La loi favorise une logique de court terme en privilégiant des critères de quantité, de rapidité et de rentabilité. Un modèle complètement périmé de l'aménagement du territoire qui renvoie aux années 1960-1970 avec moins de qualité architecturale. Selon moi, on a oublié d'écouter les acteurs, les habitants et les territoires, ainsi que les questionnements qui émergent de ces territoires. Or c'est essentiel.

Quels sont les points critiques selon vous ?
C. L.: Cette loi méconnaît toutes les problématiques que peuvent avoir les élus au quotidien. Un exemple, les concours d'architecture garantissaient des fondamentaux qui menaient à la qualité des logements sociaux. La loi Elan fait sauter ces fondamentaux et établit une forme de « liberté » pour les bailleurs qui pourront fabriquer le logement de la même manière que le privé, dont la qualité périclite. En somme, elle fragilise un modèle qui produit de la qualité.
La nouvelle loi ignore également les problèmes quotidiens des habitants, notamment la qualité des constructions dans la promotion privée actuelle. D'autres enjeux importants mériteraient une meilleure prise en compte : arrêter de construire la ville sur des terres agricoles, favoriser la réhabilitation des logements dégradés dans les centres-villes ou encore travailler sur la réversibilité des Rappelons que l'Île-de-France compte 5 millions de m2 de bureaux vacants qui pourraient pour partie être transformés en logements. La loi Elan travaille, certes, dans ce sens, mais n'offre pas de solutions suffisantes. C'était pourtant une opportunité de produire des logements évolutifs, frugaux et positifs en énergie, donc des bâtiments qui ne coûteront pas plus cher à la puissance publique dans quelques années.
Il faut remettre la question du coût global de la construction au coeur de la décision politique, penser à la pérennité des ouvrages à l'investissement comme à l'entretien et à l'analyse de leur cycle de vie. Un bâtiment s'inscrit dans la ville sur le long terme.

Cette loi a permis de générer du dialogue entre les acteurs qui construisent la ville, et en définitive de renforcer les liens entre eux. Qu'en pensez-vous ?
C.L. : Aujourd'hui, les acteurs privés sont très présents dans la construction de la ville. Leurs investissements ne doivent pas se faire au détriment de la qualité architecturale urbaine et paysagère des villes qui, elle, doit être portée par les élus et la puissance publique. L'architecture est d'intérêt public. Notre vocation en tant qu'architectes, c'est d'être le lien entre les enjeux environnementaux, sociaux et économiques d'un territoire et ses habitants.

Les élus disposent-ils des moyens nécessaires pour garantir la qualité des constructions?
C.L. :
Nous constatons dans certains territoires le manque ou la perte d'une ingénierie publique, ainsi que le manque de moyens des collectivités. Nous devons en prendre acte lorsque nous construisons. C'est un changement de paradigme qui nous oblige à réfléchir autrement et collectivement. Cette situation donne de nouvelles ouvertures à notre métier. Beaucoup d'architectes s'investissent en amont pour aider les habitants et les collectivités à définir leurs besoins. L'architecture va ainsi retrouver une place en proximité des décideurs et des habitants sur des enjeux d'usage, du quotidien.
Avec des outils de planification de qualité, un élu peut dire ce qu'il attend des acteurs privés qui vont construire sur son territoire. La planification, c'est le nerf de la guerre. Il faut garder à l'esprit que les politiques architecturale et urbaine sont des politiques de société qui rejaillissent dans la manière dont nous vivons ensemble. En témoignent hélas les récentes inondations dans le département de l'Aude, les effondrements d'immeubles à Marseille (13), qui résultent aussi de politiques d'aménagement du territoire à l'échelle nationale.

Comment envisagez-vous le rôle des architectes sur les opérations « action coeur de ville » ?
C.L. :
Les communes concernées ont un calendrier très contraint. De fait, l'enjeu pour elles est de bien définir le projet avant de déterminer les outils à mettre en oeuvre. Les enjeux diffèrent d'une ville à l'autre, car les territoires n'ont ni les mêmes problématiques économiques ni le même développement démographique, et encore moins le même bâti. Les collectivités devront s'entourer de professionnels comme les architectes des bâtiments de France, les CAUE (conseils d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement) qui sont des services publics de l'architecture, mais aussi des architectes libéraux conseils. Elles doivent également prendre appui sur les services de l'État pour les accompagner, en transversalité et non pas en silo. Chaque projet doit être réfléchi. Enfin, les collectivités doivent dialoguer ensemble parce que les dispositifs sont assez lourds, d'autant plus si l'on a peu d'ingénierie ou des équipes déjà très chargées. Le partage de pratiques est nécessaire pour que tout le monde puisse avancer.

 

Propos recueillis par Blandine Klaas

Paroles de maires

RCL
Question :
Un maire, donc OPJ, peut-il l’être en dehors de sa commune ?
Réponses :
Non, il est élu OPJ sur sa commune.
Tous les pouvoirs du Maire en tant que représentant de l'Etat ne lui sont octroyés que sur son territoire.
Non uniquement dans la commune où il est élu maire.

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