À Charleville-Mézières, des logements chauffés grâce aux fonderies de PSA

Territoires
03 octobre 2019

DÉCRYPTAGE. Depuis le début de l’année, la chaleur des fours de la fonderie du groupe PSA, située à proximité de Charleville-Mézières, est récupérée et chauffe plus de 3 000 logements, ainsi que l’hôpital Manchester. Cette opération d’envergure, subventionnée par l’Ademe à hauteur de 4,2 M dans le cadre du Fonds chaleur, est une première dans la transformation écologique de la ville. Explications.

C’est l’histoire d’un projet exemplaire au coeur du territoire », raconte Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézières (08). En 2015, la ville, qui intègre déjà depuis quelques années la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre dans sa stratégie territoriale, met en place, avec Dalkia, une cogénération pour diminuer la facture énergétique de ses administrés. Mais le maire de la ville ne veut pas s’arrêter là. Dans la foulée, il lance un appel d’offres auprès des fournisseurs d’électricité avec trois objectifs précis : verdir le réseau de chaleur urbain en passant d’un mix énergétique 100 % gaz à plus de 50 % d’énergies renouvelables. Développer et étendre le réseau chaleur, en intégrant les nouveaux quartiers et l’hôpital de Charleville-Mézières et, enfin, proposer une chaleur à tarif compétitif, qui apporte un confort de qualité à ses habitants.

PSA DEVIENT FOURNISSEUR DE CHALEUR

C’est Dalkia (filiale d’EDF) qui remporte le marché en proposant d’alimenter le réseau de chaleur de la ville avec l’« énergie fatale » (énergie thermique ou électrique générée par un produit ou un processus industrie) de la fonderie de l’usine PSA, située à quelques kilomètres du centre-ville. « Dalkia qui était déjà en charge de l’exploitation du réseau de chaleur de la Ronde Couture et de celui de la Citadelle, nous propose d’alimenter le réseau grâce à une solution innovante couplant une récupération de “chaleur fatale” sur le site de la fonderie de PSA et l’installation d’une fonderie biomasse », raconte Boris Ravignon. En d’autres termes : pour alimenter le réseau de chaleur du quartier, la filiale d’EDF envisage d’utiliser l’énergie, jusqu’alors gaspillée, émise par neuf fours de l’usine locale de PSA. Une déperdition qui représente un tiers de la puissance du gaz utilisé. Grâce à un échangeur qui réduit la température des fumées de 300 °C à 100 °C, 28 GW/h d’énergie vont être récupérés chaque année, d’après les calculs du fournisseur d’énergie. Et plus encore. Le procédé va aussi permettre d’éviter l’émission de 7 000 tonnes de CO2, tout en assurant, avec l’appui d’une petite chaufferie biomasse, 100 % des besoins du réseau l’été et 60 % l’hiver – le reste étant assuré par une centrale de cogénération et des chaudières au gaz d’appoint. Et côté financement, l’investissement de 10 M , bénéficiera d’un apport du fonds chaleur de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise d’énergie (Ademe) de 4 M . L’aventure peut donc commencer.

PLUS DE 3 000 LOGEMENTS ALIMENTÉS

Après plus de deux ans de grandes manoeuvres, marquées par la mise en place de tuyaux de raccordements sur une étendue de 9 km, le tout nouveau réseau de chaleur est en route. L’énergie est transférée vers des échangeurs thermiques sur le toit de l’usine, récupérée et complétée par la production d’une chaufferie biomasse de 800 kW. Ce dispositif permet d’alimenter plus de 3 000 logements et l’hôpital Manchester. « Le prix du kilowattheure réglé par le client final a baissé et pour le centre hospitalier l’économie devrait atteindre 1 M sur cinq ans », estime Boris Ravignon. Le pari est gagné. Dans la famille des énergies propres, on pense spontanément au solaire, à la biomasse ou au vent, mais on oublie souvent les énergies de récupération. À tort. « En effet, la performance énergétique et environnementale des industries représente non seulement un levier pour diminuer les coûts de production et améliorer la compétitivité de l’entreprise, mais il s’agit aussi d’un outil efficace pour lutter contre les émissions de gaz à effet serre », insiste-t-on chez PSA. Le secteur de l’industrie représente, en effet, plus de 20 % des consommations énergétiques de la France et 10 % des émissions de CO2 dans le monde. « Un projet gagnant-gagnant qui profite à tous », résume Boris Ravignon. Et qui devrait faire des émules.

16,7 TWH DE POTENTIEL EN FRANCE

L’Ademe estime que « le gisement national de chaleur fatale industrielle s’élève à 109,5 TWh, soit 36 % de la consommation de combustibles dans l’industrie ». Le potentiel d’efficacité énergétique de l’industrie est énorme : « Face aux enjeux de la transition énergétique et à un secteur Industrie qui représente plus de 20 % des consommations énergétiques de la France, l’accompagnement des acteurs industriels dans leurs efforts de réduction des consommations d’énergie est essentiel. Ceci d’autant plus, qu’à production égale, un potentiel d’efficacité énergétique de l’industrie atteignable d’ici 2030 est estimé à 20 % », estiment les experts de l’Ademe. « Rien ne se perd, tout se transforme », disait le chimiste et philosophe français Antoine Lavoisier.

Danièle Licata

Paroles de maires

RCL
Question :
Un maire, donc OPJ, peut-il l’être en dehors de sa commune ?
Réponses :
Non, il est élu OPJ sur sa commune.
Tous les pouvoirs du Maire en tant que représentant de l'Etat ne lui sont octroyés que sur son territoire.
Non uniquement dans la commune où il est élu maire.

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