24 millions d’euros pour amorcer la mutation des zones commerciales

Territoires
14 septembre 2023

Au cours d’une réunion organisée lundi 11 septembre à Bercy, à laquelle ont participé quelque 150 élus, aménageurs, architectes, promoteurs et retailers, le gouvernement a lancé une expérimentation auprès des collectivités, des aménageurs et des acteurs privés en vue de la transformation des plus de 1500 zones commerciales en France.

Après les centres-villes frappés par la disparition de leurs commerces causant ainsi leur dévitalisation, c’est à la périphérie des villes que le gouvernement s’intéresse désormais et notamment aux zones commerciales, symboles d’un modèle de développement fondé sur l’étalement urbain et le tout-voiture. Ces zones bordées de panneaux publicitaires, plantées de bâtiments en tôle et entourées de vastes parcs de stationnement sur plusieurs hectares concentrent plus de 70% des dépenses commerciales des Français, contre 15% pour les centre-villes. Pour autant, elles se révèlent aujourd’hui inadaptés pour adresser les grands enjeux de la transition écologique : très souvent, les bâtiments volumineux construits à moindre coût sont de véritables « passoires thermiques » et le foncier intégralement artificialisé empêche l’écoulement des eaux. Sans compter que 9 à 15% d’entre elles rencontrent des difficultés, selon le ministère de l’Economie. « Il y a un enjeu économique mais aussi écologique à s’occuper de ces zones commerciales qui sont aujourd’hui le lieu où les habitants majoritairement vont faire leurs courses, a expliqué Olivia Grégoire, ministre déléguée auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de la souveraineté industrielle. Nous mobilisons pas moins de 24 millions d’euros pour impulser des opérations de préfiguration, notamment des études qui vont permettre de financer une vingtaine de projets pilotes dans l’année qui vient». Cette contribution sera complétée par celle des acteurs institutionnels et économiques. Vingt territoires souhaitant s’engager dans une démarche de transformation des zones commerciales périphériques seront retenus dans le cadre d’un appel à projets. Au-delà-de l’enveloppe financière, ils pourront bénéficier d’un soutien en ingénierie par l’intermédiaire d’une Task force d’Etat a assuré la ministre, afin qu’ils « puissent être aussi accompagnés sur les plans technique et juridique ». L’équipe dédiée au projet pourra également flécher des fonds provenant d’autres enveloppes, comme le fonds vert. L’objectif du gouvernement étant d’engager par des expérimentations la transformation des zones commerciales, en fonction de leur situation, en y intégrant une dimension paysagère et architecturale forte et pourquoi pas dans certains cas des services de proximité et des logements. « Il faut aller très vite sur les vingt premiers projets afin que le reste du pays puisse ensuite bénéficier de leurs retours d’expériences » a indiqué Olivia Grégoire.

Une multiplicité d’usages

Ces zones commerciales constituent une opportunité unique pour récupérer du foncier, repenser les usages et sont selon la ministre « le premier gisement potentiel de logement ». A Chartres par exemple, le déménagement de la zone commerciale du quartier de la Madeleine doit permettre de le transformer en un quartier de logements et de le connecter avec les quartiers résidentiels environnants. Au Havre, le maire Edouard Philippe a souhaité la création d’un pôle culturel composé d’une bibliothèque et peut-être même d’une scène nationale au sein du centre commercial du Mont-Gaillard dont l’extension n'a pas suffi à attirer de nouveaux visiteurs. « Réutiliser du bâti c’est toujours mieux qu’utiliser des terrains neufs. C’est une opération qui coûte cher, mais c’est possible» affirme l’ancien Premier ministre. Pour Patrice Vergriete, ministre délégué chargé du logement, maire de Dunkerque et président de la communauté urbaine de Dunkerque, la transformation des zones commerciales constitue une véritable opportunité pour le logement. « Dans les grandes agglomérations et les métropoles en particulier on manque cruellement de logements. Les zones commerciales sont un gisement très important en matière de logement. On peut à la fois y développer un certain nombre de résidences, par exemple pour loger des étudiants mais aussi du logement locatif intermédiaire, c’est-à-dire 10 à 15% inférieur à la moyenne en termes de loyer» a déclaré le ministre.

Lever les obstacles administratifs

Ce plan a été salué par les professionnels de l’immobilier commercial qui toutefois regrettent que souvent, les règlementations, les délais et les procédures d’autorisation bloquent un certain nombre de projets. Selon Philippe Journo, président fondateur de la Compagnie de Phalsbourg, spécialiste de l’immobilier commercial, « il y a un gisement foncier colossal à l’entrée des villes. Or il faut compter dix ans pour réaliser un projet. Il faudrait qu’on puisse accélérer. » Antoine Grolin, le président de la foncière Ceetrus en charge notamment des galeries marchandes Auchan, préconise quant à lui la création d’un guichet unique pour mieux travailler ensemble avec les territoires et les élus locaux. Ceetrus prévoit d’investir plus d’1 milliard d’euros sur les 5 prochaines années pour la transformation de sites commerciaux. « Faire évoluer les zones commerciales nécessite de se mettre d’accord avec de multiples parties prenantes. Il faut arriver à mettre tout le monde autour de la table. » constate Marie Cheval, présidente de la Fédération des Acteurs du Commerce dans les Territoires et présidente Directrice Générale de Carmila. « La task force d’Etat pourra mieux identifier grâce à cette expérience de terrain des règles et des normes qui trop souvent encore bloquent des opérations de transformation ambitieuse ; s’il faut de la souplesse normative ou bien des outils comme le droit de préemption qui permettent aux maires d’aller plus vite, nous le ferons. L’enjeu est qu’on réussisse ce qui est une nécessité écologique, économique et esthétique dans beaucoup d’endroits » a promis Olivia Grégoire. Au côté de la Task force, sera créé un réseau d’animation national et local dédié à la transformation des zones commerciales.

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Question :
Un maire, donc OPJ, peut-il l’être en dehors de sa commune ?
Réponses :
Non, il est élu OPJ sur sa commune.
Tous les pouvoirs du Maire en tant que représentant de l'Etat ne lui sont octroyés que sur son territoire.
Non uniquement dans la commune où il est élu maire.

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