Les débits d’étiage du Rhône en baisse sous l’effet du changement climatique

L’agence de l’eau publie les résultats d’une nouvelle étude sur les débits du Rhône, fleuve le plus puissant de France et qui offre actuellement une ressource en eau relativement abondante. Avec le changement climatique, l’évolution des débits d’étiage du fleuve à l’horizon 2055 devient une préoccupation collective.

Deux années ont été nécessaires (2021 et 2022) pour connaître précisément la part des prélèvements d’eau actuels par rapport aux débits du fleuve, les variations possibles des débits à l’horizon 2055 sous l’influence des évolutions climatiques et leur éventuel impact sur les usages et les milieux aquatiques liés à l’eau du fleuve. « Le Rhône accueille sur ses rives un quart de la population et des emplois du bassin Rhône- Méditerranée, et génère un quart de la production électrique du pays, précise Martial Saddier, président du comité de bassin Rhône-Méditerranée. C’est aussi une ressource pour de nombreux autres usages comme la navigation, l’alimentation en eau potable, l’irrigation agricole, les activités industrielles, ou les usages récréatifs. Nous avions besoin de données solides pour alimenter les débats sur les usages possibles de l’eau du fleuve

Le fleuve Rhône n’est pas inépuisable

Avec une longueur de 810 km et un bassin versant d’une superficie de 98 400 km2, le Rhône fait partie des grands fleuves européens. A son embouchure, son débit moyen est de 1700 m3/s ce qui en fait le fleuve français métropolitain le plus puissant et le plus abondant. Mais il est, lui aussi, impacté par le changement climatique et cela devrait s’aggraver, selon l’étude. Sur le bassin du Rhône, les effets du changement climatique se font déjà sentir. Il fait plus chaud et plus sec que dans les années 60. La température moyenne de l’air a augmenté de 1,8°C sur la période 1960- 2020. L’eau du fleuve Rhône s’est également réchauffée. Depuis 1970, la température moyenne de l’eau a augmenté de 2,2°C au nord à 4,5°C au sud sous l’effet conjugué de l’élévation de la température de l’air et de l’implantation de centrales nucléaires de production d’énergie. Quant aux sols, ils s’assèchent davantage, en moyenne annuelle de +18 % à +37 % selon les secteurs depuis 1960, ce qui réduit leur possible contribution au soutien des débits du fleuve. En conséquence, les débits d’étiage moyens du Rhône ont diminué ces 60 dernières années, de 7 % à la sortie du Léman et de 13 % à Beaucaire, en Camargue, entre 1960 et 2020. Et les projections climatiques estiment une baisse de l’ordre de 20 % supplémentaires des débits moyens d’été à Beaucaire dans les 30 prochaines années.

La baisse des débits d’étiage sera même beaucoup plus forte sur certains affluents du Rhône, de l’ordre de 40 % en moyenne pour l’Isère et 30 % pour la Drôme et la Durance. A proximité de l’embouchure du Rhône, la part des volumes d’eau prélevés dans le fleuve au plus fort de l’été représente actuellement 15 % de son volume d’écoulement. Sans avoir à ce stade d’incidence significative pour l’équilibre écologique du fleuve, cette valeur n’est pas négligeable et traduit le fort niveau de sollicitation par les usages préleveurs, notent les auteurs de l’étude. Cette part d’eau prélevée a déjà pu dépasser les 30 % pour les périodes exceptionnellement sèches comme au printemps 2011. Cette situation rarement observée (2 années sur 30) pourrait devenir fréquente dans les prochaines décennies (6 années sur 30), et certaines années, dépasser les 40 %.

« Le Rhône restera à moyen-terme un fleuve puissant, avec des débits en général élevés, mais il n’échappe pas à la question du partage de la ressource en eau, indique Laurent Roy, directeur général de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Sous l’effet du réchauffement climatique, le fleuve Rhône ne peut plus être géré comme une ressource inépuisable. C’est l’un des principaux enseignements de cette étude. La recherche de pratiques plus sobres et la lutte contre les gaspillages sont utiles pour l’avenir. »

La Région Sud expérimente la réutilisation des eaux usées traitées

Dans le cadre du protocole d’expérimentation Etat-Région, signé en novembre 2022, avec Elisabeth BORNE, Première Ministre, la Région Sud lancera officiellement en 2023 une expérimentation régionale pour la réutilisation des eaux usées traitées.

Irrigation agricole, réutilisation dans le petit cycle de l’eau industrielle, usages urbains, réalimentation de nappes, remplissage des retenues d’eau pour de la neige artificielle… la réutilisation des eaux usées traitées à l’échelle régionale permettra d’agir dans de nombreux domaines et répondre aux nombreux enjeux de disponibilité de la ressource en eau.

« Le dérèglement climatique est un nouveau défi à affronter, mais on a toujours su s’adapter ! En lien avec notre Plan Climat « Une COP d’Avance » et dans la continuité du protocole signé avec la Première Ministre, nous lançons cette expérimentation pour déployer une dynamique régionale dans différents domaines et pour différents usages. Nous serons à l’écoute de chaque territoire pour répondre à leurs besoins et pour avancer ensemble vers un avenir serein. La guerre de l’eau n’aura pas lieu ! » affirme Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Président délégué de Régions de France.

Cette expérimentation à l’échelle régionale, lancée avec la Société du Canal de Provence (SCP), AMU et la Chambre régionale de l’Agriculture, sera une 1ère en France. L’eau provient des stations d’épuration, l’objectif étant de les épurer à un niveau suffisant pour permettre un nouvel usage à l’aval.

Sécheresse : réunion du premier comité d’anticipation

Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, et Bérangère Couillard, secrétaire d’État chargée de l’Écologie président ce jeudi 23 février le premier comité d'anticipation et de suivi hydrologique (CASH) de l’année. Il s’agit d’informer les représentants des usagers sur la situation hydrologique actuelle et projetée en anticipation de risques potentiellement significatifs de sécheresse.

Alors que l’année 2022 a été marquée par une sécheresse prolongée, intense et étendue, les perspectives pour 2023 sont suivies avec attention. D’où l’organisation ce jour du premier comité d'anticipation et de suivi hydrologique de l’année pour évaluer la situation. En relation avec les opérateurs de l’Etat chargés du suivi hydrologique (Météo France, BRGM, OFB…), les ministres suivent avec attention l’évolution de la situation et les projections pour les trois prochains mois. « Le changement climatique a des conséquences concrètes sur nos territoires et modifie en profondeur le cycle de l’eau. Après une sécheresse 2022 inédite par son ampleur, la tension sur la ressource se prolonge. Nous devons mener de front la préparation à la gestion de crise d’un nouvel épisode de sécheresse s’il se confirme effectivement et des évolutions structurelles pour une gestion sobre et résiliente de notre ressource en eau, a déclaré Bérangère Couillard. Les Agences de l’eau soutiendront des projets de résilience face à la sécheresse à hauteur de 100M€ supplémentaires cette année. Dans le cadre de la planification écologique, nous travaillons à l’élaboration d’un plan dont l’objectif sera de garantir une eau de qualité pour satisfaire des besoins et usages optimisés et préserver les écosystèmes. » Le Plan eau en préparation devrait permettre de mieux gérer et utiliser la ressource en eau tout en renforçant les moyens dans chaque territoire pour lutter contre les pénuries.

 

Thierry Burlot, président du comité de bassin Loire-Bretagne : « Parler d'aménagement et de développement du territoire, c'est aussi parler de l'eau ».

Alors à l’heure où une partie du bassin Loire-Bretagne connait encore des restrictions d’usages de l’eau, le comité de bassin a identifié des propositions d’actions, à court et moyen termes, pour contribuer au chantier « eau » de la planification écologique lancé par le gouvernement. Thierry Burlot, son président, enjoint tous les acteurs à se mobiliser autour de cette ressource vitale pour le développement de nos territoires. Entretien.

Quel est le rôle d’un comité de Bassin ?

Le comité de bassin est l'une des rares instances de démocratie participative où les élus sont aux côtés d'acteurs économiques et sociaux pour définir une politique de gestion territoriale de l’eau. En Loire-Bretagne, il est composé de 40 % de collectivités, de 20 % d'usagers non économiques, de 20 % d’usagers économiques et de 20 % de représentants de l'État. Il garantit la concertation, la planification et notamment l’élaboration du schéma d’aménagement de gestion des eaux (SDAGE) qui fixe la stratégie pour retrouver une bonne gestion quantitative et qualitative de l’eau. Plus que jamais, face au changement climatique et ses conséquences, l’eau est au cœur de toutes les politiques publiques. Sans eau, il n’y a pas de développement économique possible.

De quelle manière le comité de bassin Loire-Bretagne envisage-t-il sa contribution au plan « eau » lancé par le gouvernement ?

 Alors que les dernières décennies ont été consacrées à la gestion qualitative des eaux, en raison de la dégradation de la qualité de nos rivières et de nos fleuves pollués par les nitrates et les pesticides, nous sommes désormais rattrapés par des questions de gestion quantitative avec une rapidité que nous n’avions pas imaginée. Sur le bassin Loire-Bretagne, les experts annoncent une baisse de 30% de la ressource en eau en 2050. Et dès cette année, le manque d’eau causera des pertes de production sur le bassin agricole de la Limagne, un territoire exceptionnel à fort potentiel. Rappelons également que certaines centrales nucléaires ont failli être arrêtées l’été dernier par manque d’eau pour refroidir les réacteurs. Le comité de bassin Loire-Bretagne a identifié 70 propositions d’actions autour de la gestion de la ressource, de l’accès à un service d’eau potable organisé et performant mais aussi pour renforcer la résilience des écosystèmes aquatiques. Citons par exemple la construction d’une base de données exhaustive des plans d’eau et retenues existantes, la mise en place d’une conditionalité des aides de l’État et des collectivités à l’engagement chiffré d’actions en faveur de la sobriété des usages de l’eau, le financement et la promotion des services rendus par la nature ou encore la meilleure lisibilité des arrêtés sécheresse.

Concrètement, comment préserver la ressource en eau ?

Nous devons nous réapproprier le sujet de l’eau, cette ressource que nous pensions inépuisable, en réapprenant à bien la gérer collectivement, à la partager, à l'économiser et à la protéger. Concrètement, nous devons mettre en place des mesures d’économies d'eau, recourir à la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) comme le font déjà l'Italie l'Espagne, le Portugal ou Israël, travailler sur la performance des réseaux d'eau potable, pour limiter les pertes en eau ainsi que sur l'amélioration des stations de traitement et sur l’assainissement des eaux usées. Plus que jamais, nous devons apprendre à partager les usages parce qu’à l’avenir, certains territoires seront dotés de ressources en eau importantes tandis que d’autres n’en auront plus. Pour cette raison, le comité de bassin que je préside pense que la décentralisation de l'eau doit avoir lieu. En clair, il faut que la politique des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) au niveau des grands bassins se décline autour de tous les fleuves de Loire-Bretagne. Nous devons mettre en place des PTGE (programmes territoriaux de gestion des eaux) au plus près des territoires en gardant la cohérence hydrographique, anticiper l’évolution des usages de l’eau en agriculture, dans l’industrie, dans le secteur des énergies et en matière d’aménagement du territoire. Il faut également que nous soyons extrêmement vigilants sur le ménagement de la ressource.

Comment rendre plus résilient votre bassin face au changement climatique ?

Les solutions sont multiples pour résoudre les problématiques liées à l’eau mais nous devons privilégier celles fondées sur la nature qui consistent à reconstituer des zones humides, à faire du bocage, à désimperméabiliser les zones bétonnées et goudronnées. C’est ainsi que l’eau de pluie pourra s’infiltrer dans les sols et profiter aux nappes phréatiques. Ensuite, il faudra partager cette eau et faire des choix stratégiques. La planification de l’eau est une question concertée avec l’ensemble des acteurs.

Que pensez-vous de l’initiative du « Parlement de Loire », lancée par un collectif d’acteurs ligériens, qui propose la prise en compte des intérêts de la Loire à travers la reconnaissance de la personnalité juridique du fleuve ?

Cette initiative intéressante nous rappelle que la problématique de l'eau nous concerne tous et nous invite à prendre conscience que notre environnement est fragile. La réappropriation du sujet par les territoires et par les citoyens est un enjeu crucial. Sans consensus, la bataille de l'eau aura lieu.

L’augmentation du coût de l’énergie a-t-elle des conséquences pour les acteurs de l’eau ?

L’augmentation du coût de l'énergie pour les services d'eau et d'assainissement est problématique avec des augmentations qui oscillent autour de 15 à 20%. Si le prix de l'énergie devait poursuivre sa progression à la hausse, l’impact sur le prix de l'eau pourrait être considérable. Il me paraît essentiel de travailler sur l’autoconsommation des services d’eau et d’assainissement. C’est le cas de la station d’épuration de Laillé, près des Rennes, qui grâce à l’installation de trackers photovoltaïques réduit sa consommation énergétique.

 

 

Sécheresse et dépérissement des forêts : l’ONF répond aux maires

La sécheresse de l’été 2018 aggravée par celle de l’été 2019 entraine un dépérissement massif des forêts dans plusieurs grands pays forestiers dont la France. Quelle est l'ampleur de la crise ? Quelle stratégie de récolte adopter ? Comment vendre les bois dépréciés ? Quelle reconstitution envisager ? Afin d’accompagner les maires dans la gestion de cette situation exceptionnelle, l’Office National des Forêts (ONF) et la Fédération nationale des communes forestières (FNCOFOR) viennent de réaliser un document d’information, rédigé sous la forme d’un jeu de questions/réponses, qui fait l’état des lieux de la situation, précise les actions engagées et rappelle le rôle et la responsabilité de l’élu ou de la collectivité dans la gestion de cette crise. Pour rappel, une cellule nationale «Sécheresse et dépérissements» a été mise en place à l'ONF au mois de juillet pour coordonner un plan d’action destiné à évaluer l’étendue des dégâts et apporter un soutien pour l’exploitation et la valorisation des bois des forêts publiques, en lien avec les territoires et les administrations concernées.