Véhicules électriques : un nouvel enjeu pour les territoires ?

Non classé
11 septembre 2014
Les collectivités locales deviennent les principaux acteurs du maillage territorial en bornes de recharge pour véhicules électriques.
 
Sur les trois freins qui pénalisent le développement de la voiture électrique deux sont levés. Aidé, le prix des véhicules s’avère concurrentiel. Esthétiques, les modèles électriques deviennent attrayants. Quant au développement d’un réseau de bornes qui maille tout le territoire pour alimenter ce mode de transport à l’autonomie réduite, le bât blesse. Les collectivités locales deviennent ainsi parties prenantes du succès de l’électromobilité.

 

La voiture électrique nous fait rêver d’un monde sans records de pics de pollution, ni problèmes de santé liés aux particules fines, odeurs de gaz d’échappement, nuisances sonores, coûteux passages à la pompe… Malgré le portrait idyllique de ce moyen de déplacement et les efforts de certains constructeurs, notamment nationaux, nous sommes loin du compte. Sur les quatre mille modèles de voitures proposés sur le marché français, d’après le recensement de L’Automobile Magazine, le nombre de véhicules électriques se compte en petites dizaines. Les principaux constructeurs sont les groupes Renault-Nissan et Peugeot, associé à Mitsubishi. PSA diffuse la Peugeot I-On et la Citroën Zéro, un modèle du partenaire japonais recarrossé pour le singulariser. Renault dispose de son Kangoo, de la Fluence en berline, de la Twinzy ainsi que la très mignonne Zoé. BMW a lancé, en 2013, la I-3 et Volkswagen la E-Up. La Nissan Leaf est, aujourd’hui, le modèle le plus vendu dans le monde avec plus de 100 000 unités. Des constructeurs plus confidentiels, comme l’Américain Tesla ou le Monégasque Venturi proposent des voitures de luxe et de sport avec des tarifs en conséquence.

Nouveaux modèles

Les industriels restent optimistes. Peugeot lance, ces jours-ci, son Partner électrique avec une batterie assurée pour donner encore 80 % de sa charge au bout de 8 ans, une consommation pour faire 100 km entre 0,90 € et 2 € suivant les pays d’Europe, une autonomie de 170 km ainsi qu’une charge utile de 695 kg. Et pas de vidange. Tesla fait mieux avec ses 450 km d’autonomie mais avec des voitures dont le prix est compris entre 68 000 € et 91 000 €.

Les 14 points de l’État

Le gouvernement accélère le développement de l’électromobilité avec un programme en 14 points. Son projet tend à déployer des bornes électriques sur la voie publique et dans les immeubles avec une standardisation du modèle des prises, développer la filière industrielle de la batterie, inciter l’achat massif de voitures par les collectivités d’ici 2015, assurer un bonus à l’achat (6 300 € actuellement), mettre ERDF sur le coup, faciliter l’alimentation du réseau par des énergies renouvelables et prévoir des prestataires pour le recyclage des batteries. Les pôles de compétitivité s’attellent au développement de filières industrielles. Les mesures transcendent les « 34 plans de la nouvelle France industrielle » du ministère du Redressement productif. L’Ademe règle les questions techniques encore sans réponse (voir article) comme la conception de dispositifs unifiés pour les flottes d’entreprises et les collectivités, un mode de certification des installations, des systèmes de recharge connectés au réseau d’éclairage public mais aussi solaire, un déploiement dans les collectivités de bornes à recharges rapides, une solution franco-allemande ainsi que des services d’information sur mobiles.

Succès mitigé

Pourtant, les ventes patinent. Sur le premier trimestre 2014, le marché des véhicules électriques et hybrides connaît un ralentissement inédit en France avec 713 ventes en mars 2014 à des particuliers contre 1 350 au même mois l’année précédente, boosté par le lancement de la Zoé. La Bolloré BlueCar se positionne en deuxième place derrière la Renault avec 194 immatriculations, suivie de la Nissan Leaf (150), de la BMW I3 (27) et de la Tesla Model S (25). En comptant les utilitaires, les ventes totalisent 2 333 modèles 100 % électriques soit une baisse de 37,25 %. Pendant ce temps, 3 888 véhicules hybrides sont entrés sur le marché enregistrant un recul de 12,49 %. « Ce ralentissement ponctuel s’explique par une prime redescendue, au 1er janvier dernier, à 4 300 € sur les véhicules en location longue durée qui assurent 40 % des ventes contre une prime de 6 300 € pour les véhicules vendus », assure Joseph Beretta, président de l’Avere. Créée dès 1978, cette association professionnelle indépendante assure la défense et la promotion de la filière (france-mobilite- electrique.org). « Ces 2 000 € qui manquent, inscrits dans un décret suite à la loi de finances, devraient rapidement revenir et relancer un marché tiré par les flottes d’entreprises et des collectivités », assure, optimiste, Joseph Beretta.

Trois freins principaux

« Le déploiement de la voiture électrique se heurte à trois freins principaux » explique Yves Bertone, chef de produit Electromotricité au Veri (Veolia, environnement, recherche et innovation). « Le prix, l’infrastructure de bornes et la nature des véhicules. Mais les choses avancent. Aujourd’hui, le marché propose des voitures jolies et confortables qui ne ressemblent plus à des voiturettes. Avec les primes, leur prix concurrence celui de leurs cousines thermiques. Le secteur public se saisit du développement de l’infrastructure des bornes, mais certains freins demeurent ». Pour le chercheur, l’autonomie, de 80 km à 125 km pour un Kangoo par exemple, fait peur aux consommateurs et « l’absence de boîte de vitesse refroidit l’automobiliste malgré le confort du silence et de la régularité de la montée en puissance du moteur électrique ».

Recharger les batteries

Enfin, faire le plein, reste compliqué. Avec le réseau domestique (2 kW), une Walbox de Renault (3 kW), près de 7 à 10 heures sont nécessaires pour recharger son destrier. Autant qu’un smartphone épuisé par ses applications connectées. Heureusement, des fabricants, comme le français Evtronic, développent des bornes rapides (50 kW). Trois quarts d’heure sont nécessaires pour faire le plein, et une dizaine de minutes pour disposer de l’autonomie nécessaire pour rentrer chez soi observe-t-on au Veri qui étudie le sujet de l’électromobilité sous tous les angles avec son propre parc de 7 voitures, composé d’I-On et de Zoé. Kia, la filiale du coréen Hyundai, annonce le lancement de sa Soul EV, qui se recharge en 30 minutes pour avaler ensuite 160 km. Le site breezcar.com devrait permettre à chacun de s’y retrouver parmi les différents modèles de voitures et de bornes.

Reprise imminente

« L’occasion tire le marché de l’automobile, insiste Joseph Beretta et les premiers véhicules de seconde main, issus des flottes d’entreprises, arrivent et vont doper les ventes par leur prix. Les voitures s’avèrent particulièrement durables en rendant 80 % de leur charge au bout de 150 000 km à 200 000 km. Des 10 000 voitures écoulées dans les années quatre-vingt-dix, 6 000 à 7 000 roulent encore. Le prix du neuf va baisser car le coût d’une batterie va chuter de moitié d’ici 2020 ».

Déploiement des bornes

Mais rien n’est plus rassurant que de savoir que l’on trouvera partout une prise disponible. La France dispose aujourd’hui d’un parc de 8 000 bornes. Nissan, a signé des partenariats avec Ikea pour 28 de ses 29 magasins et Auchan pour équiper de 130 prises CHAdeMO les parkings de ses hypermarchés. Aux deux distributeurs s’ajoute Vinci Park avec Sodetrel (voir article). BP équipe ses stations sur l’axe Lille-Paris-Lyon-Montpellier et la Compagnie nationale du Rhône sur l’axe rhodanien. BMW a passé un accord avec Relais et Châteaux. L’État recense les zones blanches entre agglomérations. Le Grand Ouest, le Calvados, le Morbihan, les Pyrénées-Atlantiques, la Sarthe et la Vendée participent à cet effort. La région Île-de-France a annoncé avoir débloqué La Renault Twizy ZE, complètement électrique, vise les utilisateurs urbains. L’avenir viendra peut-être de Corée avec la Hyundai qui compte adosser au moteur électrique de sa IX-35 une pile à combustible. Le procédé consiste à faire réagir chimiquement l’hydrogène stocké dans le réservoir avec un flux d’air pour générer l’électricité nécessaire au fonctionnement d’un moteur électrique qui entraîne les roues. Le remplissage d’hydrogène nécessite 4 minutes pour près de 600 km d’autonomie. La voiture ne rejette que de l’eau. Pour l’instant, le modèle, en cours d’expérimentation, notamment sur les routes de France, coûte 100 000 €, mais son prix pourrait dégringoler dès sa fabrication en grande série. Toyota, Mercedes et Honda, pour ne citer qu’eux, devraient suivre dans les prochaines années. L’hydrogène pourrait être produit par électrolyse à partir d’électricité de source d’énergies renouvelables (éoliennes, barrages, panneaux photovoltaïques…) ce qui lui permettrait de la stocker et de constituer une économie de l’automobile parfaitement propre. En France, Air liquide, leader mondial travaille avec Hyundai pour déployer un réseau. La société McPhy a réussi à stocker l’hydrogène sous forme solide qui permet son stockage, son transport en toute sécurité. L’entreprise drômoise vient de lever 32 M€ en bourse Euronext Paris pour son développement commercial. C’est prometteur. Pile à combustible au service de l’autonomie © Avere 20 — nº 452 un budget de 4,7 M€ pour cofinancer l’installation de 1 000 bornes de recharge sur son territoire sur la période 2014-2015. « À Paris, les stations d’Autolib’ disposeront d’une cinquième prise pour les voitures des particuliers et scooters », assure Joseph Beretta. « 80 % des départements accueillent au moins un projet d’équipement », assure Jérôme Lammens de l’Ademe. Ensemble, ces opérateurs auront installé 2 300 bornes d’ici 2016.

Collectivités locales pro-actives

« Il est de la responsabilité des collectivités locales de mailler le territoire », insiste Joseph Beretta. Certes, elles peuvent déléguer la gestion de leur parc mais doivent en rester propriétaire pour bénéficier des aides de l’État (voir article). Les cinémas, les parkings publics, les hôtels, la grande distribution, les concessions d’autoroute doivent également équiper leurs aires de stationnement. Une prise T2 (charge lente) coûte, au prix catalogue, environ 5 000 € quand une Combo 2 (charge rapide) revient à près de 15 000 € auxquels s’ajoutent les travaux de génie civil. L’attractivité d’une ville se mesuret- elle aujourd’hui au nombre de ses Combo 2 ? C’est une question que doivent aujourd’hui se poser tous les nouveaux maires élus ou réélus.

Emmanuel Grevin

 

Paroles de maires

RCL
Question :
Un maire, donc OPJ, peut-il l’être en dehors de sa commune ?
Réponses :
Non, il est élu OPJ sur sa commune.
Tous les pouvoirs du Maire en tant que représentant de l'Etat ne lui sont octroyés que sur son territoire.
Non uniquement dans la commune où il est élu maire.

Inscrivez-vous dès maintenant sur le groupe Facebook Paroles de Maires pour obtenir des informations quotidiennes sur l'actualité de vos missions.

Copyright © 2022 Link Media Group. Tous droits réservés.
arrow-right