Financer la transition climatique peut se faire sans attendre l’Europe

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07 juin 2019

Agir sans attendre. Notre plan pour le climat que vient de publier Alain Grandjean, aux éditions Les Liens qui libèrent, est un appel à libérer le financement de la transition écologique. Alors que s’est tenu le 1er Conseil de défense écologique, RCL donne la parole au président de la Fondation Nicolas Hulot et spécialiste du climat.

RCL: Le 23 mai s’est tenu le 1er Conseil de défense écologique avec des annonces sur le climat et la biodiversité. Une avancée non?
Alain Grandjean: C’est effectivement une bonne nouvelle. Une dizaine de ministres qui se réunissent pour la première fois laisse à penser qu’enfin l’écologie relève d’un projet collectif. Car jusqu’à présent, elle n’est portée que par le seul ministère de l’Écologie, alors que les grandes orientations devraient relever d’une stratégie transversale qui engage le gouvernement, le Parlement, les collectivités et tous les Français. Reste à voir si ce Conseil de défense apportera des réponses ou s’il accouchera d’une souris.

Votre livre Agir sans attendre est un appel à casser le carcan des 3 % de déficit public pour financer la transition ? Peut-on faire de l’écologique sans creuser les déficits?
A.G.: Ce que je tente de dire à travers cet ouvrage est qu’il est nécessaire de mettre plus de moyens et de libérer le financement de la transition pour accélérer le processus. Car, que peuvent faire les Français pour réduire leur empreinte carbone si le gouvernement n’engage pas les investissements nécessaires pour relever le défi ? Or, en la matière, il est temps d’agir et arrêtons d’attendre l’Europe, avant qu’elle ne se mette en ordre de bataille, il faudra patienter des années pour voir les choses bouger. Pour ne pas alourdir le bilan des comptes publics, il faudrait traiter différemment les investissements verts dans la comptabilité nationale. Et il existe des moyens comptables. Pour comprendre plus précisément la mécanique que nous proposons, prenons l’exemple de la voiture électrique prévu dans la Stratégie nationale Bas-Carbone. Supposons qu’il faille en déployer, dans les dix prohaines années 8 millions pour un coût de 20 Md€, dont 5 Md€ d’investissements purement publics. La comptabilité actuelle fait peser chaque année sur les comptes publics 500 M€. Amortir cette dépense sur vingt ans, ce qui correspond à la durée de vie économique de ces bornes, réduit très fortement cette charge pour les pro- chaines années. En année 1, elle ne serait que de 25 M€, puis elle progresserait chaque année de 25 M€, pour atteindre 250 M€ la dixième année et 500 M€ la vingtième année. Ce lissage est conforme à la réalité économique, comme pour les entreprises.

Pour la partie publique, entre 10 et 20 Md€ par an suffiraient à mettre en place les réformes nécessaires.L’épargne des Français qui s’élève à 400 Md€ fin 2018, n’est-elle pas une piste à exploiter?
A.G.: Effectivement: on pourrait créer des produits d’épargne rémunérateurs comme lorsqu’en pleine reconstruction, l’État a lancé le plan d’épargne logement. Mais encore faut-il lancer des projets clairement identifiés. Le premier gros chantier à attaquer est la rénovation des bâtiments publics. Mais pour cela, encore une fois, il faut une impulsion forte.

Quel regard portez-vous sur les annonces du président Emmanuel Macron à l’issue du « Grand Débat » ?
A.G.: Il n’y a rien de concret. Pourtant la France est en retard par rapport à ses propres objectifs climatiques. Elle ne respecte pas son budget carbone. Le temps du dialogue est révolu, il faut agir vite. Or, le gel de la taxe carbone complique sérieusement les choses.

Quelles seraient les grandes mesures à prendre immédiatement ?
A.G.: Il faut relancer l’investissement public. C’est une condition indispensable pour enclencher une transition qui entraînerait l’investissement privé des entreprises et des ménages. De telles décisions ne sont pas incompatibles avec la maîtrise des dépenses publiques. Emmanuel Macron vient de démontrer, face à la grogne des « Gilets jaunes », qu’il était encore possible de lancer des mesures de redistribution qui coûteront au total plus de 15 Md€. Elles vont fatalement se traduire par une augmentation du déficit public.

La Banque publique pour le climat que propose Emmanuel Macron au niveau européen est-elle une solution au financement?
A.G.: Aujourd’hui, les banques publiques comme la Bpifrance, commencent à intégrer des éléments climats. C’est une bonne chose. Mais de là à dire que nous avons besoin d’une banque européenne pour le climat, je ne pense pas qu’elle puisse changer ou accélérer le mouvement. S’agissant de projets publics, si la contrainte budgétaire interdit la dépense, il n’y aura pas de projet. Nos besoins sont sur le terrain. Le maillage en France doit se faire par l’ensemble des établissements bancaires. Si l’État ne taxe pas les émissions de carbone à un niveau suffisant, s’il n’impose pas des normes assez contraignantes ou s’il ne distribue pas un minimum de subventions, beaucoup de projets ne se feront pas. Avec une taxe carbone de 45 € la tonne, on ne rentabilise pas la rénovation énergétique de son logement ou l’acquisition d’une voiture électrique, très loin s’en faut. Si vous ne voulez pas de nouvelles taxes, si vous ne voulez pas de nouvelles normes et s’il n’y a pas d’argent public dans la caisse, vous pouvez avoir toutes les banques du climat que vous voulez, avec des guichets au niveau européen, national, territorial, elles ne trouveront pas à qui prêter. La Banque pour le climat, à ce stade, est un slogan.

Êtes-vous convaincu que le gouvernement veut accélérer la transition écologique ?
A.G.: Le gouvernement est bloqué au stade de l’interprétation des grandes questions. On ne peut s’engager à atteindre une division par six des émissions de gaz à effet de serre comme l’inscrit la nouvelle loi Énergie, et en même temps ne compter que sur la seule volonté des Français. Je constate que nous sommes toujours aussi dépendants des énergies fossiles. Et nous ne sommes pas à l’abri d’un nouveau choc.

Propos recueillis par Danièle Licata

Paroles de maires

RCL
Question :
Un maire, donc OPJ, peut-il l’être en dehors de sa commune ?
Réponses :
Non, il est élu OPJ sur sa commune.
Tous les pouvoirs du Maire en tant que représentant de l'Etat ne lui sont octroyés que sur son territoire.
Non uniquement dans la commune où il est élu maire.

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