" En France, la politique patrimoniale se limite à un budget extrêmement faible au regard des enjeux "

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03 mai 2019

RENCONTRE. Le 15 avril 2019, la cathédrale Notre-Dame de Paris a été, en partie, ravagée par les flammes. « Cet incendie est un drame et nous sommes tous atteints au plus profond de nous », nous confiait, le lendemain du drame, Christine Leconte, présidente de l’Ordre des architectes d’Île-de-France, pour qui la priorité va, désormais, à la stabilisation du bâtiment.

RCL: Qu’est-ce qui peut provoquer un tel drame?
Christine Leconte : Difficile, aujourd’hui, de se prononcer sur les causes exactes de ce drame. Ce qui est sûr, c’est que la protection incendie d’un tel ouvrage exige un traitement tout particulier. N’oublions pas que sous la charpente se trouvent des chefs-d’œuvre. Et devant une telle richesse patrimoniale et architecturale, on ne peut, comme pour n’importe quel incendie, arroser abondamment. C’est en cela, que le travail des pompiers a été exceptionnel. On a vu avec quelle intelligence ils ont œuvré pour arrêter les flammes, sans jamais perdre de vue la fragilité de l’édifice gothique dont les voûtes, s’apparentent à de la dentelle. La seule certitude que nous détenons aujourd’hui, c’est que la structure a été sauvée grâce à la main précieuse des guerriers du feu.

Qu’est ce qui vous a frappé?
C.L. : Avant tout, que chacun ait pu se sentir touché en plein cœur. C’est la preuve qu’il existe une forme d’appro- priation du patrimoine comme étant une partie de nous-même. Cette catastrophe, nous a ramené à la dure réalité que nous ne faisons pas suffisamment attention à tous ces chefs-d’œuvre qui sont l’identité même des Français. En France, il existe une multitude d’établissements délaissés au cœur de nos villes, qui auraient besoin d’être réno- vés, réhabilités ou tout simplement entretenus. La réalité est que la politique patrimoniale en France se limite à un budget extrêmement faible au regard des enjeux qu’elle représente. Rénover, c’est redonner vie à un édifice, mais aussi à un quartier ou à une ville. Le drame de Notre-Dame de Paris pose, sans nul doute la question de la poli- tique patrimoniale trop peu ambitieuse en France.

Presque 1 Md€ de dons : la générosité des Français vous surprend-elle ?
C.L. : Absolument pas. Mais elle questionne sur l’attachement qu’ont les Français à nos milliers d’ouvrages façonnés par l’homme, qui pose clairement la question de la transmission du geste et du savoir-faire, les moteurs de l’innovation. Ce qui revient à dire qu’en laissant mourir notre patrimoine, on balaie d’un revers de la main ce que l’homme est capable de façonner.

Comment reconstruire la cathédrale de Notre-Dame ?
C.L. : Pour l’heure, notre responsabilité est de ne pas agir dans la précipitation. L’émotion peut conduire à des décisions hâtives. L’heure est encore à la sécuri- sation et au diagnostic. Et il n’est pas possible de s’engager aujourd’hui sur un planning. Les propositions visuelles qui fleurissent sur Internet sont prématurées: l’architecture, a fortiori la restauration du patrimoine, ne se résume pas à une question d’image. La phase de diagnostic sera longue: elle permettra une connaissance précise de l’état du bâtiment. En découlera le mode d’intervention approprié. Viendra, alors le temps de la reconstruction. À l’identique avec une charpente en bois massif, ce qui demanderait des ressources exceptionnelles, ou avec des matériaux nouveaux comme le bois en lamellé- collé ? Ou bien opterons-nous pour une reconstruction plus innovante, comme avait choisi de faire Viollet-le-Duc au moment des travaux de restauration de la cathédrale ? N’oublions pas que ce qui est beau dans l’architecture, c’est la sédimentation des époques. Mais la cathédrale Notre- Dame de Paris est avant tout un monument national qui relève du périmètre d’expertise du ministère de la Culture et de ses services.

Ce drame est-il un signal ?
C.L. : Certainement, un signal tragique, tout comme celui, d’ailleurs, qui s’est produit à Marseille, qui touche le cœur de nos villes. Le patrimoine est vivant et pour le garder vivant, il faut en prendre soin. Mais pour cela il faut des moyens. Et pour que des moyens financiers et humains soient débloqués, il faut que les populations investissent les lieux, y vivent et y travaillent. Ce qui m’amène naturellement à alerter sur les dangers de l’artificialisation des sols et de l’étalement urbain. Il nous faut réinvestir nos cœurs de villes. C’est ainsi que l’on fera vivre ou revivre notre patrimoine, et cultiver le vivre ensemble. Ce drame nous a montré que le patrimoine rassemble les Français.

Propos recueillis par Danièle Licata

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