« La lutte contre la pauvreté, une grande cause nationale »

L'élu et le citoyen
23 mars 2023

Jean-Christophe Combe, ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des personnes handicapées, est un ministre opérationnel. Sa méthode : partir de la réalité des besoins et appliquer des solutions adaptées au terrain en concertation avec les élus locaux.

 

RCL : Après plusieurs années à la direction générale de la Croix Rouge, quelle dimension souhaitez-vous apporter à votre mission au sein du gouvernement ?

 

Jean-Christophe Combe : Si j’ai accepté de rejoindre ce gouvernement, c’est que j’ai considéré que la feuille de route qu’on me demandait de mettre en œuvre répondait aux besoins que j’avais constatés dans les territoires pendant plus de dix ans à la Croix-Rouge. Ma méthode est simple : toujours partir de la réalité des besoins, pas de l’image qu’on s’en fait de- puis Paris. Cela passe par l’écoute de ceux qui font et par les expérimentations de terrain. Tout le monde détient une partie de la solution, il faut donc travailler ensemble.

 

RCL : 30 % des allocataires qui pourraient faire valoir le droit au RSA ne le touchent pas ; comment mieux piloter le système de protection sociale ?

 

J.C. C : Dès ma prise de fonction, j’ai lancé plusieurs chantiers, pour réformer notre système d’aides sociales. Premièrement aux côtés de la Première ministre, nous avons annoncé le 3 novembre le nouveau Pacte des solidarités. La réduction du non-recours aux droits sociaux est inscrite au cœur de ce chantier. En cours de concertation, ce cadre d’action sera proposé à la signature des acteurs de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale en début de l’année. Ensuite, l’un des chantiers majeurs de ma feuille de route, c’est la solidarité à la source. C’est une réforme ambitieuse, qui se déploiera sur plusieurs années. La première étape de celle-ci, dé- ployée à partir du second semestre 2024, consistera à simplifier les démarches administratives pour bénéficier des aides (le RSA et la prime d’activité dans un premier temps) : les formulaires de demande seront pré-remplis à partir des informations déclarées par les entreprises, et les allocataires n’auront plus qu’à les valider.

La seconde étape de la solidarité à la source consistera à repenser les para- mètres de nos aides sociales, pour en harmoniser ce que l’on appelle les bases ressources, c’est-à-dire les ressources prises en compte pour déterminer qui est éligible à une aide et pour en calculer le montant. Toutefois une part importante du non-recours, qu’il est difficile de mesurer, est le fait de personnes qui ne sont pas connues des administrations et donc non enregistrées dans

les bases de données. C’est pourquoi, en complément et sans attendre, je souhaite porter des actions de proximité pour l’accès aux droits, grâce à la mobilisation des acteurs locaux. C’est le sens de l’expérimentation « Territoires zéro non-recours » que nous lancerons dans les toutes prochaines semaines dans dix territoires. Cette expérimentation, prévue dans la loi 3 DS, se déploiera dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt et s’inspirera de ce qui se fait déjà depuis plusieurs années dans des territoires pionniers à Paris, à Bastia, ou à Vénissieux par exemple. Enfin, pour aller plus loin encore, je souhaite renforcer la connaissance que nos concitoyens ont de notre système de solidarités. Le manque d’information sur nos aides est une des raisons principales du non-re- cours. Des outils en ce sens existent déjà, comme le portail national des droits sociaux, mais j’entends les renforcer et leur donner plus de visibilité, pour atteindre un nombre plus large de nos concitoyens.

 

RCL : Les acteurs de la solidarité craignent de voir la pauvreté et la précarité toucher de plus en plus de ménages. Pouvons-nous faire le point sur les annonces du gouvernement ?

 

J.C. C : Le gouvernement est mobilisé depuis le début de cette crise. Cet été, avec la loi pouvoir d’achat nous avons revalorisé les minima sociaux et les allocations de rentrée scolaire, nous avons maintenu les boucliers tarifaires ainsi que les remises à la pompe. Nous avons enfin versé une aide exceptionnelle de solidarité en septembre 2022 à plus de dix millions de foyers. Toutes ces mesures ont permis d’anticiper une inflation galopante. Résultat, bien que nous souffrions aussi de celle-ci, nous sommes le pays d’Europe où elle a le moins augmenté ! La poursuite des remises sur le carburant pendant l’automne et le maintien du bouclier tarifaire a permis également de limiter les conséquences d’une crise de l’énergie qui s’est aggravée. Pour les ménages les plus fragiles nous avons doublé cet été les crédits dédiés à l’aide alimentaire avant de les augmenter à nouveau cet automne de 40 millions d’euros. Dans l’urgence 10 millions ont été attribués pour aider les étudiants. Nous travaillons à de nouveaux outils pour mieux suivre en temps réel et mieux prévoir l’inflation subie par différents types de ménages particulièrement exposés à la pauvreté ou au risque de bascule dans une forme de précarité.

 

RCL : La responsabilité des maires en matière de solidarité a fortement augmenté. Mais ont-ils suffisamment de moyens pour combattre les inégalités ?

 

J.C. C : J’ai pleinement conscience des défis et difficultés auxquelles les collectivités doivent faire face. C’est pour cela que je me réjouis de l’augmentation de 320 mil- lions d’euros de la dotation globale de fonctionnement inscrite dans la loi de finances 2023. Cela permettra notamment de soutenir l’action sociale des communes et de leur CCAS (centre communal d’action sociale), qui est indispensable pour prévenir et lutter contre la pauvreté. Depuis cinq ans, nous avons fortement développé nos partenariats avec les communes pour lutter contre la pauvreté. Je pense par exemple au dispositif des cantines à 1 € maximum auquel sont éligibles 30 000 communes de moins de 10000 habitants.

 

RCL : Alors que les besoins d’aide sociale ne font que progresser, avec des centres communaux d’action sociale qui découvrent de nouveaux profils et des départements asphyxiés par le nombre d’allocataires du RSA, comment les collectivités peuvent innover dans leur politique sociale ?

 

J.C. C : Les contrats de lutte contre la pauvreté que l’État a passés depuis 2019

avec 97 départements, 23 métropoles et la ville de Marseille placent l’innovation sociale au cœur de leurs objectifs. Dans le cadre des concertations en cours pour préparer le Pacte des solidarités, nous avons signalé notre intérêt pour poursuivre la démarche contractuelle avec les départements et les métropoles, mais aussi pour développer, à l’image de celle que nous avons construite avec Marseille, une forme de contractualisation avec les communes les plus touchées par la précarité. Ma conviction c’est que la lutte contre la pauvreté est une grande cause qui doit mobiliser l’ensemble de la société, y com- pris les associations, l’entrepreneuriat social, et plus généralement encore les entre- prises et les citoyens engagés.

 

RCL : Quel message souhaitez-vous adresser aux maires ?

 

J.C. C : Nous vivons une période avec de nombreuses crises et comme toujours les maires sont aux avant-postes. Je veux saluer leur mobilisation au quotidien. Ils ont été là durant la crise Covid pour faire face lorsque nos concitoyens, notamment les plus fragiles, en avaient besoin. Ils sont encore en première ligne dans la crise énergétique et inflationniste. De par mon parcours, je connais évidemment l’importance de l’action des maires. J’ai été directeur de cabinet à la mairie de Châlons-en-Champagne au- près de Bruno Bourg-Broc, puis six ans à la tête de la Croix Rouge. Je souhaiterais, par ailleurs, avoir spécifiquement un mot pour les maires des communes rurales et des plus petites communes de notre pays. Je suis originaire de la Marne, plus précisément de Sainte-Menehould, petite commune de l’Argonne où j’ai passé mon enfance. Sur les 623 communes du département, seulement 60 communes ont plus de 1000 habitants. Et c’est le cas de beaucoup de communes en France. Dans celles-ci, le maire est « l’homme ou la femme à tout faire » et la personne que l’on sollicite toujours pour n’importe quel problème. Je voudrais donc particulièrement saluer les maires de ces communes rurales qui font un travail si primordial sur le terrain. Je tiens aussi à avoir un mot pour les associations des maires départementales. Elles ont un rôle fédérateur indispensable qui est gage d’équilibre sur le territoire et mènent un travail avec l’ensemble des élus locaux, peu importe les étiquettes politiques, et en bonne intelligence avec les services de l’État. Un mot me vient également à l’esprit lorsque je parle des maires. Ce mot est celui de la solidarité. La solidarité, même si elle n’est pas inscrite formellement dans notre devise républicaine, elle est le pilier de notre nation. Et la solidarité du quotidien, ce sont les maires, notamment via les CCAS. Je suis un ministre en lien constant avec les élus locaux puisque toutes les politiques publiques de mon ministère sont construites avec les maires et les départements. Mon ministère est celui des Solidarités concrètes et je vais mener l’ensemble des grands chantiers avec les élus de terrain pour améliorer concrètement la vie des Français.

Propos recueillis par Danièle Licata

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Question :
Un maire, donc OPJ, peut-il l’être en dehors de sa commune ?
Réponses :
Non, il est élu OPJ sur sa commune.
Tous les pouvoirs du Maire en tant que représentant de l'Etat ne lui sont octroyés que sur son territoire.
Non uniquement dans la commune où il est élu maire.

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