Gabriel Attal : "300 000 volontaires ont rejoint la réserve civique pour servir leur pays"

L'élu et le citoyen
25 mai 2020

Invité de RCL, Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, en charge des dossiers liés à la jeunesse, la vie associative, l’engagement et la mise en place du Service national universel, défend en première ligne la mobilisation de l’Executive et des élus face à l’impact social de la crise sanitaire. Le plus jeune membre d’un gouvernement sous la Ve République salue également l’exceptionnelle solidarité des Français. Rencontre.

RCL : Vous êtes chargé de la mise en œuvre de la réserve civique sur la plateforme #jeveuxaider. gouv.fr. Quel premier bilan tirez-vous depuis le 23 mars sur ces nouvelles formes de solidarités ?

Gabriel Attal : Une solidarité exceptionnelle s’ex- prime depuis le début de cette crise. Dès le 12 mars, le président de la République nous a appelés à l’affronter « en solidaire plutôt qu’en solitaire ». De- puis, on a vu chaque jour une inventivité inédite en matière d’entraide, de soutien mutuel, qu’il s’agisse de voisins qui s’organisent, de restaurateurs qui préparent des repas pour les soignants ou encore de Français mobilisés à distance pour du soutien scolaire aux élèves les plus en difficulté. Nous avons lancé la réserve civique précisément pour soutenir ce mouvement, l’accompagner en dirigeant les bonnes volontés vers les principaux besoins. En moins d’un mois, 300 000 Français l’ont rejointe, un chiffre qui dépasse toutes nos attentes. Derrière ce chiffre, ce sont des points de distribution alimentaire associatifs qui ont pu rouvrir après avoir dû fermer faute de bénévoles suffisants au début du confinement. Ce sont des communes qui ont pu renforcer les troupes de leur centre communal d’action sociale (CCAS) pour porter des repas au domicile des plus fragiles. Ce sont des écoles qui ont pu bénéficier de volontaires pour garder les enfants de soignants. Bref, derrière ce chiffre, il y a une solidarité sous toutes ses formes et à toute épreuve.

RCL : Vous avez également revu le fléchage des 58 000 jeunes qui effectuent leur service civique : Quelles sont désormais leurs missions ?

G.A. : Au moment où le confinement a été décidé, 58 000 jeunes effectuaient une mission de service civique. Un tiers d’entre eux, déjà engagé sur des mis- sions sociales, par exemple dans des associations d’aide aux plus démunis ou dans des Ehpad, ont pu poursuivre leur mission. J’ai immédiatement tenu à proposer aux autres volontaires de venir en renfort des associations et collectivités qui en exprimaient ce besoin. Cet appel a été entendu et ces jeunes ont massive- ment rejoint de nouvelles missions, par exemple auprès des personnes âgées, ou encore pour participer à l’acheminement de stocks de masques dans les hôpitaux. Durant cette crise, ces dizaines de milliers de jeunes engagés ont une nouvelle fois témoigné leur volonté absolue de servir leur pays. C’est une mobilisation réjouissante dans un contexte difficile. C’est aussi une invitation à poursuivre nos efforts pour permettre à la jeunesse de s’engager.

RCL : Pour le Service national universel qui était en phase de recrutement avant le confinement, est-il maintenu ?

G.A. : Le Service national universel est un creuset républicain qui donne à voir à la jeunesse française l’étendue de sa capacité à agir pour son pays. Cette année sans doute plus encore que les autres, le pays a besoin de ce moment parce qu’il a besoin de l’engagement de sa jeunesse. La session devait débuter le 22 juin par un séjour de cohésion, qui implique une mobilité et un regroupement des jeunes, puis se poursuivre à l’automne avec des missions d’intérêt général. Avec Jean-Michel Blanquer, nous avons décidé d’inverser les deux périodes. La mission d’intérêt général sera donc réalisée dès juillet, évidemment auprès de structures qui ont besoin de renfort pour venir en aide à ceux qui ont été les plus durement frappés par la crise. Les Ehpad, les associations d’aide aux plus vulnérables et les collectivités locales seront les plus concernés. Le séjour de cohésion sera quant à lui organisé à l’automne, évidemment si les conditions sanitaires le permettent.

RCL : Emmaüs a lancé le premier appel aux dons depuis l’appel de l’abbé Pierre en 1954. 20000 bé- néficiaires sont menacés car il manque cinq millions d’euros. La Croix rouge, le Secours Catholique, Les Restos du Cœur tirent eux aussi la sonnette d’alarme : la solidarité atteint-elle ses limites ? Les associations sont-elles en train de payer
le désengagement de l’État ?

G.A. : Au contraire, les associations survivent à cette crise grâce l’engagement de l’État. Depuis le début, je suis en lien constant avec leurs réseaux pour identifier les problèmes et apporter les solutions. Cette mobilisation a conduit à ce que nous permettions aux associations d’accéder au dispositif de chômage partiel, aux prêts garantis par l’État, aux reports de charge. J’ai par ailleurs annoncé
que l’ensemble des subventions de l’État leur seront versées, y compris les nombreuses enveloppes qui étaient conditionnées à des projets qui n’ont finale- ment pu avoir lieu en raison du confinement. C’est 4,5 milliards d’euros de subventions garanties. J’appelle d’ailleurs les collectivités locales à main- tenir elles aussi leurs subventions, car la stabilité financière est indispensable à la survie de nos associations. Ce qui est certain, c’est que les associations d’aide alimentaire ont vu la demande très fortement augmenter pendant cette crise sanitaire dont nous mesurons chaque jour les répercussions sociales. Là aussi, nous avons agi rapidement et massivement, en décidant d’une enveloppe nouvelle de 39 millions d’euros exclusivement dédiée à l’aide alimentaire. Nous continuerons à soutenir nos associations tout au long de cette crise et nous construirons le rebond avec elle. Accepter leur fragilisation aujourd’hui, ce serait nous fragiliser collectivement demain.

RCL : La réouverture des écoles provoque des inquiétudes, chez les parents et chez les maires. Comment rassurer les élus ?

G.A. : La décision de rouvrir progressivement les écoles est une exigence sociale. Sociale, parce que beaucoup d’enfants n’ont pas la possibilité de poursuivre leurs apprentissages à la maison. Sociale, parce que des enfants à l’école, ce sont des parents qui peuvent travailler et donc subvenir aux besoins de la famille. Sociale, parce que dans une commune, une école qui rouvre, même dans des conditions particulièrement encadrées, c’est la vie qui reprend. Il est parfaitement légitime qu’il y ait des inquiétudes. Notre responsabilité est d’y répondre, point par point. Depuis l’annonce du président de la République, de nombreuses réunions se sont tenues avec les associations d’élus. Cette méthode de co-construction a donné lieu aux annonces du Premier ministre et de Jean-Michel Blanquer, ainsi qu’à la diffusion d’un protocole sanitaire qui répond à beaucoup de questions que se posaient les maires. Nous franchirons cette étape de la réouverture des écoles en poursuivant ce travail main dans la main.

RCL : Les inégalités face au numérique sont plus que jamais mises au grand jour. Quelles mesures au-delà de la loi, l’État s’engage à prendre pour garantir l’égalité numérique dans tous les territoires ?

G.A. : Cette crise met effectivement en lumière des inégalités que nous connaissons et contre lesquelles nous agissons depuis trois ans. En matière de continuité pédagogique, nous l’avons mesuré dès les premiers jours : malgré le travail exceptionnel fourni par les enseignants, environ 5% des élèves, essentiellement concentrés dans les quartiers populaires et dans la ruralité, n’ont pu poursuivre leur scolarité à distance. Nous avons donc élaboré un plan de 15 millions d’euros pour renforcer l’accès au numérique des élèves pendant cette crise, en achetant du matériel informatique. Nous avons aussi mobilisé les associations de mentorat et de tutorat pour accompagner les élèves les plus en difficulté. Ce travail a progressivement porté ses fruits. Sur ce point comme sur d’autres, cette crise aura permis une mobilisation qu’il nous appartiendra de préserver pour l’avenir.

RCL : Quel message auriez-vous envie d’envoyer aux Français?

G.A. : Un message de gratitude pour la très grande résilience dont ils font preuve depuis le début de cette crise. Comme toutes les graves crises, le coronavirus aurait pu faire émerger la part sombre de notre pays, de chacune et chacun d’entre nous. Bien au contraire, nous avons vu des Français respecter scrupuleusement les consignes sanitaires, pas seule- ment pour eux, mais pour les autres. Nous avons vu un élan de solidarité extraordinaire se déployer. J’ai la conviction que cette attention à l’autre, ce sentiment de responsabilité pour les autres, peut survivre à cette crise et en seront l’un des héritages positifs pour notre pays.

RCL : Et quel message également aux maires plus que jamais mobilisés et engagés ?

G.A. : Là aussi, un profond remerciement pour leur action. Les maires jouent un rôle majeur dans la lutte contre le Covid-19, leur engagement du quotidien a été essentiel à la mise en œuvre du confinement. C’est encore une fois avec eux que nous relèverons le défi du déconfinement. Je fais partie des membres du Gouvernement qui ont un mandat local, étant moi-même élu à Vanves dans les Hauts-de-Seine depuis 2014. Je mesure chaque jour l’importance de la mobilisation des élus face aux attentes – parfois à l’impatience – légitimes de nos concitoyens.

Propos recueillis par Danièle Licata

Paroles de maires

RCL
Question :
Un maire, donc OPJ, peut-il l’être en dehors de sa commune ?
Réponses :
Non, il est élu OPJ sur sa commune.
Tous les pouvoirs du Maire en tant que représentant de l'Etat ne lui sont octroyés que sur son territoire.
Non uniquement dans la commune où il est élu maire.

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