Alerte sur la santé psychologique des salariés en confinement

L'élu et le citoyen
25 mai 2020

ACTU. À l’heure où l’on parle de remobilisation du tissu économique, le cabinet Empreinte Humaine, spécialiste en prévention des risques psycho- sociaux et en qualité de vie au travail, dévoile les résultats de la 1re vague d’un baromètre exclusif OpinionWay relatif à la santé psychologique des salariés. Objectif: sensibiliser les entreprises et les collectivités locales à la sortie de crise. Revue de détail et analyse.

Après plusieurs semaines de confinement, quel est l’état de bien-être ou de détresse psychologique des salariés confinés ? Que peuvent faire les entreprises pour accompagner efficacement leurs collaborateurs ? Font- elles ce qu’il faut pour protéger leur santé psychologique ? Autant d’indicateurs que le baromètre exclusif OpinionWay pour Empreinte Humaine relatif à la santé psychologique des salariés a permis de surveiller sur un rythme hebdomadaire jusqu’au déconfinement. Après quelques semaines de confine- ment et de télétravail, le constat est sans appel : le bien-être psychologique des salariés s’est largement dégradé en perdant dix points par rapport à 2016 (En- quête Eurofound 2016). Quelque 44 % des salariés sont en situation de détresse psychologique et un quart présente un risque de dépression nécessitant un ac- compagnement. « Via nos lignes d’écoute psychologique et webinaires, nos équipes ont constaté une aug- mentation de la détresse psycho- logique. Ces résultats sont très préoccupants et montrent l’urgence d’agir. Nous en appelons à une véritable prise de conscience des pouvoirs publics et des entreprises. La crise sanitaire a pris de court toute la société, les entreprises y compris. Mais elle n’exonère pas de notre responsabilité en tant qu’employeur en matière de protection de la santé de nos salariés. Après les gestes barrières, il convient de mettre en place des actions pour la sécurité psychologique », déclarent Christophe Nguyen, psy- chologue du travail et président d’Empreinte Humaine, et Jean-Pierre Brun, cofondateur d’Empreinte Humaine et expert conseil.

LES SALARIÉS FRANÇAIS TRÈS ATTEINTS PAR LE CONFINEMENT

De fait, 44 % des salariés présentent de la détresse psychologique (27 % modérément et 18 % de manière élevée) et un quart des salariés est en risque de dépression nécessitant un accompagnement. « La détresse psychologique modérée est l’antichambre de la détresse élevée. Il faut absolument surveiller l’évolution de ces taux », commente Jean- Pierre Brun. Charge mentale alourdie et cumul des rôles obligent, les femmes sont plus impactées par le confinement puisqu’elles sont 22 % à être en détresse élevée contre 14 % pour les hommes. Enfin, les managers sont particulière- ment exposés, puisque 20 % d’entre eux vivent une détresse psychologique élevée. « Les managers sont un pivot central dans l’entreprise. Il faut prendre soin d’eux, mais, surtout, leur donner les outils pour prendre soin de leurs collaborateurs », poursuit Christophe Nguyen.

LES CONDITIONS DE TRAVAIL, UN FACTEUR DÉTERMINANT

Être confiné dans un logement de moins de 40 m2 est un facteur de risque important puisque 24,6 % de ces personnes sont dans une dé- tresse psychologique élevée. « Le télétravail n’est pas en soi un facteur de risque, ce sont les conditions dans lesquelles il s’effectue qui présentent des facteurs aggravants pour les salariés », précise Jean-Pierre Brun. Enfin, contrairement à une idée reçue, les personnes confinées en couple (20 %) ou avec un enfant (22 %) vivent une détresse élevée plus importante que les autres (rappel : 18 %). Car la question de l’équilibre des vies en situation de confinement est devenue un facteur de risque.

BAISSES DE LA PERFORMANCE RESSENTIE

Une vigilance s’impose sur le suivi de la motivation professionnelle qui s’est détériorée pour un quart des salariés (26 %) depuis le début du confinement. Cette détérioration est de plus grande ampleur chez les femmes (30 %), les salariés d’Île- de-France (31 %), et pour ceux confinés avec un ou plusieurs autres proches (32 %). Enfin, les personnes présentant une détresse élevée considèrent que leur performance s’est dégradée de 50 %. « La santé psychologique, mais aussi la performance déclarée et la motivation se dégradent avec la durée du confinement. La question du lien entre performance et bien-être est encore plus d’actualité dans ce contexte », commente Christophe Nguyen.

LES EFFORTS DES ENTREPRISES SALUÉS PAR LES SALARIÉS...

Lorsqu’on les interroge dans le détail, sur le soutien qu’ils estiment recevoir des différents acteurs de l’entreprise, les salariés plébiscitent principalement celui de leurs collègues (79 %), puis de leur N+1 (70 %). Viennent ensuite la direction de l’entreprise (67 %), celle des ressources humaines (59 %). « Même si le COVID-19 est exogène, l’entreprise a des moyens de protection psychologique. La durée du confinement est en lui-même un facteur de stress », souligne Jean-Pierre Brun. Car les salariés vivent moins de détresse psychologique élevée s’ils se sentent sou- tenus par leur direction (16 % vs 21 %), la direction des ressources humaines (16 % vs 20 %), leurs collègues (16 % vs 25 %) ou ont la confiance de leur direction (17 % vs 21 %) et de leur manager (15,5 % vs 25 %). Ces marques de sou- tien sont une puissante protection de la détresse psychologique. Toutefois, elles ne sont pas suffisantes pour la réduire totalement.

« Il est temps de dépasser les uniques numéros verts sans logique de prévention de fond ou les apéros virtuels qui ne sont pas suffisants au regard des enjeux de santé publique, et de mettre en place de vrais programmes de santé psychologique des salariés et des managers impliquant en premier lieu l’engagement des comités de direction. La situation est inédite pour tout le monde, des solutions sont possibles; les principes de précaution doivent s’appliquer. La grande majorité des entreprises font preuve de soutien. Sur le plan des risques psychosociaux, il est urgent de développer une culture de sécurité psychologique. À l’heure où les entreprises se projettent dans le déconfinement, cette étape doit prendre en compte l’état psychologique des personnes pour réussir », conclut Christophe Nguyen.

Danièle Licata

Paroles de maires

RCL
Question :
Un maire, donc OPJ, peut-il l’être en dehors de sa commune ?
Réponses :
Non, il est élu OPJ sur sa commune.
Tous les pouvoirs du Maire en tant que représentant de l'Etat ne lui sont octroyés que sur son territoire.
Non uniquement dans la commune où il est élu maire.

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