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Dossier Outre-mer : la gestion des sargasses, un défi environnemental de taille aux Antilles

Dossier
12 janvier 2020

Tempêtes, ouragans, inondations, sécheresse. La multiplication d’événements climatiques impacte régulièrement les territoires d’outre-mer. Aujourd’hui, ce sont des algues appelées sargasses, qui pullulent le long des côtes et menacent l’économie de ces territoires, où l’industrie touristique constitue un enjeu stratégique. Plus encore, elles pourraient provoquer, à long terme, une importante crise sanitaire.

Une épaisse couche végétale brune qui recouvre leurs jolies plages de sable blanc inquiète de plus en plus les élus et les populations. « Imaginez une superficie équivalente à trois terrains de football remplie d’algues, c’est ce que nous avons sur nos plages que fréquentent habituellement les touristes, lance Jean-Claude Pioche, le maire de La Désirade, en Guadeloupe. Avec une épaisseur pouvant aller jusqu’à 1 m ». Les sargasses ne dérangent pas seulement par leur côté peu esthétique. Elles dégagent une odeur nauséabonde lorsqu’elles se décomposent près des côtes, mettant en péril les coquillages ou les récifs coralliens. Leur arrivée massive depuis près de dix ans sur les côtes martiniquaises et guadeloupéennes, notamment, serait le résultat, selon les spécialistes, de l’action humaine. Principalement la hausse de la déforestation et l’utilisation d’engrais en Amazonie qui enrichissent les eaux du fleuve Amazone en nutriments, contribuant ainsi à l’apparition des algues.

UN GOUFFRE FINANCIER…

La facture est lourde pour les collectivités. Rien qu’en 2018, le coût global, en Guadeloupe, du financement public consacré aux sargasses représente plus de 10 Ms, selon Ary Chalus, le président de la région Guadeloupe. Celle-ci a aussi mobilisé des crédits pour collecter les algues et les épandre en maîtrise d’ouvrage propre ou en finançant les chantiers déclenchés par les communes. Cette action intervient en complément des financements de l’État. Soit une enveloppe de plusieurs centaines de milliers d’euros. À cela s’ajoute l’accompagnement des entreprises victimes de l’invasion des algues sargasses. Gilbert Eustache, le maire de la commune du Diamant, en Martinique, affirme, lui, que sa commune a dépensé 500 000 s en fonctionnement depuis 2011 en location de matériel et en personnel pour enlever les sargasses. « Ces sommes utilisées chaque jour pour l’enlèvement des sargasses sont autant de sommes que la commune ne pourra pas investir pour l’activité économique, la culture, l’éducation, le social, etc. Nous épuisons nos ressources financières en frais de fonctionnement », regrette-il. La présence des algues impacte fortement le développement économique avec la baisse du tourisme, un coup dur pour le Diamant qui vit à 90 % de cette industrie. La commune abrite 1 000 locations saisonnières pour 3 500 foyers. Sur l’île de La Désirade, commune de 22 km², lorsque le port se remplit de sargasses, les bateaux restent à quai. Les marins pêcheurs sont dans l’impossibilité d’aller travailler. Les restaurateurs et les commerçants rencontrent eux de graves difficultés financières, car la clientèle ne vient pas.

… ET UN PROBLÈME SANITAIRE

Il y a plus grave encore, estime Raymond Occolier, le maire du Vauclin, en Martinique. « Dans les communes concernées, il y a des centaines de maisons où les faux plafonds changent de couleur. Des commerçants trouvent leurs pièces de monnaie oxydées. Cela signifie que la population respire de manière permanente ces algues en décomposition, qui, selon les scientifiques, dégagent ammoniac, arsenic, hydrogène sulfuré et mercure. » Autant de raisons qui poussent certains maires à évacuer les populations ou à fermer des établissements scolaires. Si l’impact sanitaire reste inconnu sur le long terme, les élus craignent pour l’avenir un désastre sanitaire.

Afin de limiter l’exposition des populations aux émanations des algues en décomposition, les consignes d’enlèvement sont précises. Les algues doivent être ramassées en quarante-huit heures. « Difficile étant donné leur quantité », rétorque Jean-Claude Pioche, sans compter que certaines rives, en raison de leur topographie, ne permettent pas un ramassage efficace. Se pose aussi la problématique du stockage, car les sites arrivent à saturation et les communes ne disposent pas de solution pérenne pour se débarrasser de ces déchets très encombrants. Et dangereux pour les populations. « Le jour où nous saurons les valoriser, nous aurons trouvé la solution », estime le maire de La Désirade. En attendant, pour les éloigner des côtes, des barrages déviants sont testés au large de la Guadeloupe, avec des résultats positifs puisque les algues sont déviées à 70 %. Le reste échoue sur la plage.

En 2018, 90 % des algues collectées ont été stockées sans valorisation selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), qui préconise de privilégier les solutions permettant de traiter de gros volumes à court terme, en améliorant les unités de traitement existantes. L’agence finance avec l’État, les collectivités territoriales de Martinique et Guadeloupe, ainsi que des agences brésiliennes, un appel à projets doté de 8,5 Ms. La mission des douze entreprises lauréates : progresser dans les méthodes de collecte et innover en matière de valorisation de la sargasse récoltée.

UN PROBLÈME INTERNATIONAL

« Il y a un plan Marshall à mettre en place pour les îles, car nous sommes impactés par ce phénomène qui vient du monde entier, estime Gilbert Eustache. La prolifération des sargasses ne trouvera d’issue que si les territoires concernés travaillent ensemble. » Un programme de coopération, Sarg’Coop, porté par l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO) et fi nancé par Interreg Caraïbe, a été lancé lors de la Conférence internationale sur les sargasses, qui s’est tenue du 23 au 26 octobre 2019, en Guadeloupe, à l’initiative de Paris. Avec pour objectif de dresser un état de l’art scientifi que et technique, et améliorer le partage des connaissances et savoir-faire, expérimentations et outils existants dans la Caraïbe, et dans les régions touchées par ce phénomène. Pour les maires de ces territoires, il est grand temps d’agir. Car « l’inaction est coûteuse », rappelle Maurice Bonté, maire d’Ajoupa-Bouillon et président de l’association des maires de Martinique.

Blandine Klaas

Paroles de maires

RCL
Question :
Bonjour, comment gérez-vous les véhicules ventouse ? Malgré le signalement à la gendarmerie, le propriétaire ne déplace pas son véhicule. Si nous appelons la fourrière les frais seront pour la commune. Merci pour vos conseils.
Réponses :
Avoir nos rues avec des voitures poubelles qui les encombrent et prennent des places de stationnement n’est terrible. Il n y a pas de solution miracle. Quand il y a une plaque d'immatriculation : appel à la gendarmerie, identification du propriétaire (souvent en région parisienne), recommandé, délai d’un mois pour répondre. Sans réponse et selon l’état de la voiture, prise de photos, constat rédigé par mes soins et épaviste... Je préfère ne pas faire payer les habitants de mon village.
Nous sommes élus et nous nous devons de rester dans la légalité. Je crois qu'il faut identifier le propriétaire du véhicule et lui envoyer un courrier recommandé en l'obligeant à enlever son véhicule sinon le véhicule sera mis en fourrière et les frais seront à sa charge. Si les élus ne respectent pas les lois, c'est donner une mauvaise image de nous et nous ne devons pas être étonnés si nous sommes de moins en moins respectés.

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